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Déserts médicaux : les dentistes aussi

Isère le 21 novembre 2015 - Arnaud DE JUBECOURT - Sciences, Santé, Environnement - article lu 698 fois

Déserts médicaux : les dentistes aussi

Il est désormais bien connu que les médecins généralistes se font rares, notamment dans les campagnes. Mais ils ne sont pas les seuls, et de plus en plus de dentistes peinent à trouver un successeur. En prolongeant la tendance actuelle, 14% des cabinets pourraient disparaitre sur les 10 prochaines années.

Un baromètre ne trompe pas : celui du prix de cession des cabinets de dentistes, en chute nette, avec des conséquences économiques importantes car les cédants d’aujourd’hui ont souvent acheté leur clientèle à un prix élevé : aujourd’hui, beaucoup de cessions couvrent tout juste le prix du matériel, et parfois moins, certains professionnels étant même obligés de reconvertir leurs locaux sans aucune contrepartie.

D’autres prolongent leur activité en attendant un successeur. Sur 4 025 professionnels en Rhône Alpes,  33 % ont plus de 55 ans et 20 % plus de 60 ans, et peinent à organiser la continuation de l’activité. Le phénomène est plus brutal que pour les médecins car la proportion de « libéraux » est supérieure.  La  densité est passée de 69 dentistes pour 100 000 habitants en 2000 à 63 en 2013, avec une répartition peu homogène privilégiant les grandes villes.

Avec la féminisation de la profession et surtout le rejet du travail « à l’ancienne » par les jeunes générations, il faut pour remplacer d’anciens dentistes  un nombre supérieur de jeunes, et les lieux d’exercices souhaités ne sont pas toujours les lieux existants. Le numérus clausus a repris une pente ascendante, mais plus tardivement que pour les autres professions médicales, et de manière moins importante, limité notamment par les capacités techniques d’apprentissage.

Un déséquilibre qui risque d'augmenter

Les déséquilibres vont donc perdurer pendant plusieurs années et la cour des comptes, « a encore du mal à évaluer les besoins futurs » entre le vieillissement de la population et une meilleure santé dentaire chez les plus jeunes. Pour l’instant il manque chaque année 200 diplômés pour remplacer les retraités. En Rhône-Alpes 21 communes (sur 688) ont perdu leur dernier dentiste en 4 ans ; l ’Isère est concernée et se situe en dessous de la moyenne en termes de densité, de même que l’Ain, la Loire ou l’Ardèche qui comportent beaucoup de zones rurales. 

Plusieurs facteurs peuvent cependant limiter la pénurie. D’abord l’allongement des carrières, avec des chirurgiens dentistes qui prennent leur retraite plus tard ou de manière progressive, notamment parce qu’ils ne trouvent pas de repreneur. Ensuite une réorganisation du métier, qui pourrait augmenter les rendements et l’attractivité par un travail en équipe ou mieux secondé. Troisième facteur, la venue de praticiens étrangers, qui vient infléchir assez fortement la tendance : 15% des nouveaux inscrits en 2010 étaient étrangers, et 26 % en 2012. Début 2014, on comptait déjà 276 diplômés étrangers en Rhône-Alpes (et plus de 2 000 en France), avec une forte proportion d’Européens de l’Est, notamment roumains. Cette proportion pourrait augmenter encore, notamment parce que notre région peine à augmenter les formations : leur nombre a augmenté de 28% en 10 ans, contre 41% en moyenne nationale.

Arnaud de Jubécourt

 

 

 



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