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Demandeurs d'asile à Saint-Etienne : le père Riffard crée-t-il « un appel d'air » ?

Loire le 05 décembre 2014 - Mathieu Ozanam - Société - article lu 913 fois

Demandeurs d'asile à Saint-Etienne : le père Riffard crée-t-il « un appel d'air » ?
(D.R.)

Prêtre à la retraite, le père Gérard Riffard héberge dans une salle annexe de l'église Sainte-Claire de Montreynaud des demandeurs d'asile. Crée-t-il à son corps défendant un « appel d'air » pour les migrants qui trouvent refuge auprès de lui ?

En contravention avec les règles de sécurité que doivent respecter les bâtiments accueillant du public avait considéré l’ancien maire Maurice Vincent qui avait introduit une action en justice. Que le nouveau maire Gaël Perdriau avait poursuivi. Le tribunal de police de Saint-Etienne avait relaxé le père Riffard le 11 juin considérant que « trois réalités constituent les éléments de l’état de nécessité : les sans-abri étaient davantage en danger en dehors qu’à l’intérieur de sa salle, le prévenu n’intervenait qu’en dernier ressort quand toutes les autres solutions étaient épuisées et il a amélioré les conditions d’hygiène et de sécurité. Il est paradoxal que l’Etat poursuive le père Riffard pour avoir fait ce qu’il aurait dû faire lui-même. » Une relaxe contestée immédiatement par le parquet.

Maurice Vincent réagissait en analysant le jugement : «  il ressort du jugement que l’Etat doit être en mesure de fournir un toit à toute personne présente temporairement ou non, légalement ou non, sur notre territoire, sans aucun critère, dès lors que cette personne répond à une « situation d’urgence ». Resterait à définir la « situation d’urgence » et, si possible, sa durée. Car en l’absence de ces précisions, le jugement rendu exprime une extension illimitée, de fait, des obligations de l’Etat au regard de tout individu présent sur notre territoire, qu’il soit ou non en situation régulière et quelle que soit sa situation administrative. »

Un appel d’air ?

Face à l’accueil de ces personnes étrangères, majoritairement originaire du Congo et d’Angola, la préfète de la Loire Fabienne Buccio estime pour sa part que le père Riffard crée un « appel d’air ». Les demandeurs d’asile arrivés à bon port le signale à leur famille et leur entourage restés au pays, générant un effet d’entraînement. « Je n’y crois pas du tout, réfute le père Riffard. Coucher sur un matelas dans des conditions difficiles, ce n’est pas facile. L’appel d’air c’est d’être une ville moyenne à côté d’une grande ville comme Lyon. Certains connaissent aussi Saint-Etienne par son équipe de foot. »

Sur la situation administrative des personnes accueillies, les points de vue divergent. « Ce sont des primo-arrivants », expose le père Riffard, président de l’association Anticyclone qui accompagne les demandeurs d’asile. « Le père Riffard entretient une illusion », juge la préfète de la Loire en rappelant que les procédures liées au droit d’asile en France. Après le dépôt d’une demande par la personne qui se présente comme réfugiée en raison de persécution dans son pays, environ 18 mois s’écoulent. Un délai moyen pour examiner le dossier et statuer.

En cas de rejet (ce qui se produit dans 80 % des cas), le réfugié peut faire appel de la décision auprès de la Cour national du droit d’asile (CNDA). Si le rejet est définitif elle est notifiée, l’OFFI (Office français de l’immigration et de l’intégration) prend contact pour envisager les conditions du retour. Pendant toute cette période un hébergement est offert au requérant. « Tout demandeur d’asile a une solution d’hébergement, insiste la préfète. Je ne mets personne à la rue comme j’ai pu l’entendre. Ce sont ces personnes qui font le choix d’aller à la rue. Cela ne les prive pas de redemander le droit d’asile, mais ils n’ont plus le droit à l’hébergement. » Et d’ajouter que dans la Loire une vingtaine d’associations sont financées par l’Etat pour assurer l’accueil des demandeurs d’asile.

« 80 % des demandes d’asile sont rejetées, accuse le père Riffard. Il n’y a pas 80 % de menteurs qui viennent profiter du système français. Ce ne sont pas des raisons économiques qui les poussent à quitter leur pays, mais politiques. Certains ont été mis en prison. La question que je me pose toujours c’est : “si j’étais dans leur situation, qu’est-ce que je ferai si j’étais en danger dans mon pays et sans endroit où dormir ? “ »

Mathieu Ozanam

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L’engagement de l’Etat

Près de 1 100 personnes sont hébergés par l’Etat dans la Loire. 755 dans le cadre de l’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile (Huda) et 340 en centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada).
L’Etat y consacre un budget de 18 M€ en intégrant l’ensemble des dispositifs d’hébergement d’urgence (femmes isolées, SDF, etc.). Le budget moyen estimé par jour et par personne pour un demandeur d’asile accompagné par une association est de l’ordre de 17 €.
L’allocation temporaire d’attente pour être octroyée sous certaines conditions de ressources aux demandeurs d’asile par Pole emploi. Elle est de l’ordre de 11,35 € par jour.



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