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Demandeurs d'asile : la nouvelle vie de l'hôpital de Boën

Loire le 04 décembre 2014 - Louis Thubert - Société - article lu 1527 fois

Demandeurs d'asile : la nouvelle vie de l'hôpital de Boën
Les couloirs de l'ancien hôpital voient défilé des demandeurs d'asile en attente de régularisation (© Louis Thubert)

L'hôpital de Boen a été réquisitionné par la préfecture de la Loire pour être confié à une association qui soutient les demandeurs d'asile.

Le temps semble s'être mis au diapason du grand bâtiment. Les plinthes ont connu des jours meilleurs, tout comme les arbres en tenue d'automne qui s'accrochent aux collines surplombant Boën-sur-Lignon. Quant au linoléum, il est franchement usé. Les teintes brunes des feuilles mortes ou mourantes font écho au marron qui tapisse les murs de l'hôpital local – en fait une maison de retraite.
C'est ici que l'Entraide Pierre Valdo héberge une centaine de demandeurs d'asile en attente d'une réponse, positive ou négative, sur leur situation. L'hôpital local a été réquisitionné, puis confié à l'association le 3 janvier dernier. « Il s'agissait d'offrir un refuge hivernal, se souvient Stéphane Psister, directeur adjoint de l'association pour la Loire. A l'époque, il s'agissait d'une quinzaine demandeurs d'asile en provenance de République démocratique du Congo (RDC). »
L'Entraide Pierre Valdo soutient les réfugiés depuis 1973, lorsque des Chiliens fuyant la dictature militaire d'Augusto Pinochet ont atterrit à Lyon. Entre Noël 2013 et le 1er janvier 2014, l'association s'est démenée pour aménager les lieux. Débarrasser les restes de meubles qui traînaient de ci-de là, nettoyer, mettre aux normes et installer des extincteurs. Les traces de l'ancienne fonction du lieu sont encore visibles : sur la porte d'une pièce, une plaque vissée, avec l'indication « Kinésithérapie ». On y stocke du linge. Dans le bureau du directeur, une photographie géante d'un rivage ensoleillé est toujours collée sur un pan de mur fatigué.

Congolais, Caucasiens...

Avec le temps, des migrants issus des Balkans, des Caucasiens sont progressivement venus chercher refuge au centre d'accueil de Boën. Leurs demandes d'asile mettent entre 6 mois et 2 ans à aboutir définitivement. A l'issue de leur demande, ils doivent partir, dans un délai de 3 mois si leur demande a abouti. Sinon, ils ont un mois pour retourner dans leur pays d'origine L'association perd leur trace à ce moment-là.
« On a regroupé les communautés par étage, indique Cédric Bérard, travailleur humanitaire et directeur de service du centre. Quand on a quitté son pays, il est normal de se regrouper avec des personnes qui partagent vos racines. »
Les Africains dorment au rez-de-chaussée, les Caucasiens et les demandeurs d'asile originaires des Balkans à l'étage au dessus. Cédric Bérard ajoute que si les familles ne se mélangent pas, les jeunes gens caucasiens et congolais entre 17 et 25 ans partagent du temps ensemble, jouant au ping-pong ou au babyfoot, bien qu'ils ne partagent pas la même langue.

L'aide des Boënnais

Tant que leur dossier de demande d'asile est instruit, les adultes n'ont pas le droit de travailler. Pour survivre, ils touchent une allocation spécifique de 340 € par adulte, bien maigre dans le cas d'une mère célibataire venue avec ses six enfants. Mais les Boënnais s'investissent aussi pour les aider. « Il n'y a pas longtemps, une commerçante est venue, raconte Stéphane Psister, les bras chargé d'un plateau de viande. "On a trouvé 20 € dans la rue, alors on a acheté de quoi manger pour les résidents" a-t-elle dit ! »
Pourtant, au début, ce n'était pas évident. Les premiers jours, des vandales ont tagué « Non aux immigrés ! » sur les murs de l'établissement. Mais une partie des habitants ont aussi monté un collectif informel qui prodigue des cours de français aux réfugiés. Certains d'entre eux jouent au foot avec l'association sportive locale, et les salariés du centre viennent de Boën ou des environs. « On a de bonnes relations avec la mairie, et avec la communauté de communes, où les résidents viennent utiliser de temps en temps un ordinateur pour accéder à internet », témoigne Cédric Bérard. Huit enfants sont scolarisés à l'école, quatre en maternelle, quatre en primaire.
Dans l'entrée, une femme congolaise salue Cédric. « Il ne fait pas chaud ? » bavarde-t-il. « Oh là là ! » répond-elle d'un ton éloquent, emmitouflée dans des habits d'hiver. Déjà 50 demandeurs d'asile ont quitté le centre. En moyenne, 20 % des demandeurs obtiennent un statut de réfugié, les autres retournent vers l'incertain.

Louis Thubert

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