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Demandeur d'asile : un prêtre convoqué au tribunal

Loire le 05 juin 2014 - Marine Graille - Société - article lu 782 fois

Demandeur d'asile : un prêtre convoqué au tribunal
40 adultes et 11 enfants vivent actuellement dans l'annexe de l'église Sainte-Claire (D.R.)

L'affaire attire l'attention des médias nationaux : la convocation d'un prêtre, le père Riffard, qui héberge plusieurs dizaines de demandeurs d'asile africains dans l'annexe de son église de Montreynaud. Motif officiel : l'hébergement a lieu dans un local non habilité.

« Cela fait longtemps que nous sommes dans l’œil du cyclone », lâche le père Gérard Riffard.L’homme d’Eglise ne se laisse pas abattre. Pourtant, le 11 juin prochain, il est convoqué au tribunal de police de Saint-Etienne. La raison ? Depuis plusieurs années, grâce à l’association Anticyclone dont il est président, il accueille dans son église des demandeurs d’asile africains. En France, dès qu’une personne dépose en préfecture une demande d’asile jusqu’à la décision définitive, elle peut bénéficier d’un hébergement d’urgence. La préfecture visiblement surchargée ne peut plus proposer de logement, précise la Ville de Saint-Etienne.
Une cinquantaine de personnes (dont 11 enfants) sont hébergés dans l’annexe de l’église de Montreynaud. Certains logent depuis 4 ans dans cet espace d’environ 50 m2 où sont alignés des dizaines de matelas à même le sol, quelques rangements, d’un coin cuisine sommaire, et de toilettes. « Evidemment, les conditions sont difficiles, mais nous n’avons pas le choix. Mieux vaut ça qu’être dehors », confie Marie, d’origine congolaise. Ce sont justement ces conditions d’hébergement qui amènent aujourd’hui le père Riffard à être convoqué devant la justice.
Après une visite réglementaire de la commission municipale de sécurité qui a constaté l’accueil des demandeurs d’asile qui assurent ne pas avoir été déboutés dans leur démarche, l’association a reçu une interdiction de poursuivre toute activité de sommeil, la salle n’étant pas conforme. En février 2013, l’arrêt de fermeture des locaux est signé. Pour autant, impossible pour le père Riffard et son association de mettre toutes ces personnes à la rue. Pour Marie-Christine Buffard, adjointe aux affaires juridiques de la Ville : « recevoir des personnes dans de telles conditions n’est pas responsable. Il y’a un vrai problème d’hygiène et de santé publique. On engage ici la responsabilité de la Ville s’il y a un problème. » Le prêtre assure par ailleurs que des soupçons auraient pesé sur Anticyclone. « Nous avons été soupçonnés de favoriser des " filières " faisant venir les demandeurs d’asile à Saint-Etienne, de financer de faux papiers. »

Le soutien de l’évêque

Anticyclone et le père Riffard ont reçu de nombreux soutiens dont M​gr Dominique Lebrun, évêque de Saint-Etienne : « je soutiens le père Gérard Riffard dans son action d’accueil et d’accompagnement. Notre société dit qu’elle ne peut pas prendre en charge toute la misère du monde. Doit-elle pour autant interdire de faire du bien ? » Yves Scanu, président du Réseau éducation sans frontière de Loire, estime que « passer devant la justice parce qu’on fait le bien, on tombe vraiment sur la tête. » Et d’ajouter : « il existe de nombreux logements vacants sur notre territoire. » Une solution « impossible » selon Marie-Christine Buffard. « On ne peut pas réquisitionner comme cela des logements surtout dans le contexte actuel. Par contre, ces personnes peuvent se rendre dans d’autres villes où il y a de la place pour les accueillir dans des hébergements d’urgence. »
Le père Gérard Riffard, qui risquerait une amende et une peine privative ou restrictive de droit, reste positif malgré sa convocation puisqu’il espère que cette situation fasse bouger les choses pour les personnes en situation de demande d’asile.  

Marine Graille



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