Fermer la publicité

Expo : Daniel Pouget au parfum

Loire le 24 avril 2015 - Daniel Brignon - Expositions - article lu 1026 fois

Expo : Daniel Pouget au parfum
Daniel Brignon - Lakshmi, divinité de la prospérité et des parfums, dans un geste d'offrande

Quinzième saison d'exposition pour Daniel Pouget dans son Couvent de Chazelles-sur-Lavieu, où chaque année sortent des réserves les collections de l'ethnologue, mises en scène autour d'un thème. Cette année, c'est le parfum dont il s'emploie à brosser l'histoire s'appuyant sur 1 000 objets témoins des pratiques et rituels dans le monde.

Parmi les plus anciens objets, ces pièces de l’âge du bronze, la part du découvreur que Daniel Pouget a ramené d’une fouille à la frontière de la Lybie et de la Tunisie. Des instruments qui signent l’existence 2 600 ans av. J.-C. d’un atelier de parfumeur. Sur le même site étaient relevés par ailleurs de nombreux flacons de parfum, en verre moulé, que savaient réaliser les Phéniciens il y a 2 600 ans.
Puis voici l’encens et la myrrhe, qui composent avec l’huile de nard les plus anciens parfums, dédiés au culte et à l’honneur des dieux et des rois. C’est l’huile de nard provenant du nardo, un arbre des régions himalayennes que Salomon offre en présent à la reine de Saba, explique Daniel Pouget. L’huile de nard que sa mère, Bethsabée, appréciait et faisait venir des contrés lointaines. L’huile de nard encore que Marie-Madeleine la pécheresse répand sur les pieds de Jésus selon le Nouveau Testament. Ce sera aussi l’huile sainte dont on oint les princes et les prêtres, une huile très recherchée dont les Vénitiens feront commerce, à l’instar de la famille Marco Polo missionnée en 1260 par le pape Grégoire X pour aller rechercher ce précieux onguent dans les régions aujourd’hui du Népal.

Pour rester dans l’antiquité, Daniel Pouget présente une collection de poteries de l’île de Rhodes datant de 2 600 ans témoignant du raffinement chez les Grecs très amateurs de parfums qui participent aux soins corporels et s’associent aux rituels d’accueil et d’hospitalité.

Le parcours historique s’achève avec une série d’icônes byzantines, où est montré un rituel pratiqué à l’église Sainte-Sophie de la Byzance d’hier, qui consistait pour la fête de la Vierge Marie de consommer un breuvage préparé dans l’église composé de 10 000 litres de vin aromatisé de miel, cannelle et huile de nard.

Un tour du monde

Ce tour d’horizon historique que la grande pièce d’accueil du couvent laisse place dans le défilé des pièces de la demeure à des gros plans sur les pratiques de différentes régions du monde et civilisations.

Partant de l’histoire de ce couvent, Daniel Pouget souligne qu’au Moyen Àge, ce sont les monastères qui fabriquent les parfums destinés alors à se protéger des épidémies, la peste, le mal des ardents contre lequel les religieux de l’abbaye de Saint-Antoine concoctent un parfum particulier le « vinaigre des quatre voleurs ». Poursuivant la tradition dans ce couvent même, Cécile de Lafarge, religieuse de la fin du XIXe siècle, met au point plusieurs médicaments des onguents qui participent à une forme d’aromathérapie.

Un voyage autour du monde s’ébauche en accédant à l’étage où s’ouvre la porte de l’Orient avec ses délicats flacons à parfum, outils d’aspersion, brûle encens de tradition arabe ou hébraïque, jusqu’au narguilé parfumé à l’eau de rose.

Suivent les parfums du harem des sultans ottomans, contenus dans des poteries bleues d’Iznik, aux odeurs d’opium souvent, de henné...

Nous voici témoins d’un mariage dans la tradition de l’Afrique du nord au XVIIIe siècle avec ses offrandes de fleurs, mais aussi toutes les fragrance de santal, musc, alun, les parfums à caractère de stimulant sexuel, tels ces colliers de clous de girofle que revêtaient les épouses avant la nuit de noce.

On entre dans la grande époque des Mogols en Inde et l’invention de l’eau de rose. Ici, trône Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, « dieu des parfums domestiques », Lakshmi, divinité de la prospérité et des parfums, dans un geste d’offrande.

De Birmanie, Indra, déesse des parfums, dans une civilisation où les parfum et les onguents célèbrent la beauté mais surtout soignent, selon la médecine ayurvédique ; de Bali, le dieu hermaphrodite réalisé en pièces de monnaie chinoise, dont Daniel Pouget raconte l’origine ; de Chine, Guana Ing, déesse des parfums et de la femme en général, là où la route de la soie draine le transit des parfums qui servent quelquefois de monnaie d’échange. On y trouve une nouvelle fragrance, la fleur de lotus.

Daniel Brignon

« Histoire du parfum, or des dieux, soins du corps et de l’esprit », exposition de 1 000 pièces, qui propose un voyage dans « l’étonnante histoire des parfums de leur origine à nos jours ».

Visite guidée, d’avril à novembre, tous les dimanches à 15 h. Pour les groupes constitués, visite sur demande.

Le Couvent, Chazelles-sur-Lavieu. Réservation au 04 77 76 59 29.



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide