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Débat - La Silver Economie en ordre de marche en Rhône Alpes

Loire le 22 avril 2014 - La Rédaction - Actualités - article lu 763 fois

Débat - La Silver Economie en ordre de marche en Rhône Alpes
Les sept intervenants étaient réunis dans les locaux du Tout-Lyon le jeudi 3 avril (© Angel Sanhueza)

Conjuguer le bien-vieillir et croissance.

Avec un potentiel d’innovations technologiques aux destinées commerciales mondiales, et de 300 000 créations d’emplois en France d’ici à 2020, le défi est d’ampleur, et le courant « Silver » loin du gadget marketing. En 2015, les seniors assureront 56 % la majorité des dépenses sur de nombreux secteurs : santé, alimentation, loisirs, habillement, assurances, et la transition démographique induite par le triplement de la population des plus 85 ans d’ici 2040 impose la mise en œuvre d’un tableau de bord.
Le nouveau label sert l’engagement volontariste des instances nationales et régionales à relooker l’image négative liée au vieillissement, dont les incidences sont dommageables sur le développement de la filière. « Nous ne voulons pas stigmatiser la population vieillissante, les seniors n’aiment pas être qualifiés de personnes âgées, il s’agit plutôt rassurer, de mettre en commun les efforts pour un mieux vivre ensemble, explique Anne Berger, directrice adjointe de la recherche, de l'innovation et des formations sanitaires et sociales du conseil régional Rhône-Alpes.

Des entreprises refusent la thématiques

Même impératif pour Isabelle Vérilhac, directrice du pôle entreprises et innovation de la Cité du design de Saint-Etienne, qui observe la frilosité de grosses entreprises à investir sur un marché marqué seniors. « Dans le cadre de nos travaux avec le cluster régional sur le sport Sporaltec, nous avons demandé à des entreprises de chaussures de sport de travailler sur la thématique du bien vieillir, beaucoup ont refusé, ne souhaitant pas que leur logo soit associé au grand âge… confirme Céline Tupin, du service économie de la Ville de Grenoble, en charge du forum 4i (1). Si les TPE ne craignent pas de se lancer sur des briques ciblées personnes âgées, les grosses entreprises sont plus réticentes. » Un rejet qui témoigne en cette période de « jeunisme », du déni individuel et collectif de cette évolution démographique, malgré la réalité de moins en moins tabou de son caractère irréversible.
Trois grands axes sont identifiés : le maintien de la bonne santé des jeunes seniors, la persévération de l’autonomie à domicile avec le grand âge, et l’accompagnement de la dépendance en structure. « Désormais, les gens veulent à tout prix rester chez eux, et c’est d’ailleurs le cas, puisqu’aujourd’hui la majorité des plus de 85 ans le font, mais c’est dans de mauvaises conditions, témoigne Caroline Bréant, ergothérapeute conseil de Pasolo.com. Le site, labélisé Novacité par la CCI de Lyon, a été créé par Françoise Hautreux, suite à ses propres difficultés face à la prise en charge d’un parent. Il centralise un panel de solutions anti-dépendance, des conseils et des diagnostics aux aidants particuliers et professionnels. « Il existe une offre réelle de produits et de services, mais elle n’est pas assez visible et difficilement accessible, comme par exemple les enfile-chaussettes très efficaces qui soulagent le travail des aides à domicile. Et il y a des barrières culturelles, regrette-t-elle, nous avons des difficultés à communiquer avec les aidants et professionnels car nous avons une image commerciale ».
Un cloisonnement que déplore également Bernard Brignon, directeur de Résidom et du parc immobilier de l’ACPPA (Accueil et confort pour personnes âgées) dans le Rhône et l’Ain. « On n’est pas aidé en France par nos grosses machines nationales. Chacun reste dans son coin, dans son domaine de compétence. » L’abondance et l’inadéquation de certains produits sur ce nouveau marché sont dénoncés par ces professionnels de la dépendance, complexifiant leur orientation et celle des particuliers. « Nous avons des offres tous les jours, mais in fine ce sont des flops, sans débouchés car elles sont inadaptées », constate Bernard Brignon.

Fédérer pour mieux innover

Le Tasda, Technopole Alpes, Santé à Domicile & autonomie et la Ville de Grenoble reçoivent en effet régulièrement des projets voués à des échecs commerciaux et technologiques parce qu’ils n’ont pas été envisagés de manière globale. La synergie entre les acteurs économiques, scientifiques, santé/ dépendance et pouvoirs publics territoriaux, « fertilisation croisée » prônée dans le contrat de filière, a été identifiée comme priorité en Rhône-Alpes dès 2009. Bassin d’innovations, elle a été désignée comme l’un des quatre « Centres nationaux de référence santé et autonomie à domicile », et a joué les précurseurs avec les projets du conseil général de l’Isère et la mise en place à l’échelle régionale du Tasda.
Fondée par le CHU de Grenoble et le pôle de compétitivité Minalogic, l’association draine les programmes d’innovation de laboratoires de recherche comme le CEA, et les initiatives de la Ville de Grenoble, de la Metro et du Département de l’Isère. « Nous avons une double vocation, explique Anne Claire Marmilloud, responsable de projet du Tasda. Identifier, enrichir, et soutenir économiquement les projets pertinents, et permettre l’intermédiation entre les acteurs.» Le tout dans une logique Time to market optimisant le circuit recherche, produits, services, financements publics et privés et commercialisation. Le projet « Eco cité » porté par la Ville de Grenoble en est l’illustration, avec la sollicitation des bailleurs sociaux dans la conception d’appartements intelligents pré-équipés pour accueillir des barres d’appui, des logiciels de gestion à distance, de la télésurveillance. Même logique pluridisciplinaire, centrée sur les usages, pour la Cité du design de Saint-Etienne qui a participé activement aux groupes de travail et à la rédaction du contrat de filière. Elle pilote au niveau régional des actions depuis 2014, met à disposition des designers au sein des clusters, de pôles de compétitivité et d’entreprises, et assiste méthodologiquement plusieurs Living labs (2). « Tout existe aujourd’hui, mais il y a eu de mauvaises démarches, il faut partir des usages et non de la technologie pour apporter des réponses adaptées, explique Isabelle Verilhac, nous apportons des outils complémentaires au marketing en amont de la conception. »

Nouveaux besoins, nouveaux usages, nouveaux produits… nouveaux marchés

En témoignent les travaux de l’expert en design industriel avec des entreprises rhônalpines, sur l’utilisation de bas de contention, de ceintures lombaires, et de colliers cervicaux, auprès d’un panel de seniors. « La plupart du temps, les personnes ne les portent pas parce que les produits sont jugés laids, trop épais, difficiles à enfiler ou à positionner, poursuit Isabelle Vérilhac, aujourd’hui un designer peut jouer sur l’esthétisme et la fonctionnalité. » Ou encore l’expérimentation avec le pôle de compétitivité agroalimentaire de la Loire au sein d’un « Living labs Saveur ». Destiné à la mise au point des produits et services stimulant des personnes seules à s’alimenter et à cuisiner, il vise un créneau seniors et jeunes célibataires. « Il faut nous concentrer sur des secteurs stratégiques dans lesquels nous pouvons atteindre des effets de masse, en tenant compte de l’évolution des publics et des besoins, insiste la directrice régionale Anne Berger. Les seniors actifs sont une cible privilégiée, que l’on peut rapprocher d’autres cibles.
Les projets en e-santé et domotique, axes forts du développement de la Silver Economie, doivent également être appréhendés en tenant compte de l’évolution des profils des seniors : ceux de 2050 auront une plus grande aisance, et même une appétence pour les applications numériques. Cet horizon ne paraît pas si lointain à Bernard Brignon : « d’ici seulement 5 ans, les freins du numérique auront disparu, on aura à faire à des personnes qui auront déjà manipulé des tablettes et des appareils photo numériques. C’est déjà le cas des aidants jeunes seniors. Il témoigne de bonnes surprises dans le retour d’expérience du projet e-santé de l’ACPPA, qui préfigurent le segment des “wifi boomers“. Les 50 tablettes installées au sein de trois foyers dans l’Ain, offrant un service de suivi à distance aux intervenants professionnels ont rencontré un vif succès. Alors que nous avions des doutes sur l’accueil de ces tablettes, la première demande que les résidents m’ont faite a été d’avoir des jeux en ligne. Et de fait, ces jeux sont très sollicités. »

Des résidents qui réclament la vidéo on line et Skype

La requête formulée par ces nouveaux surfers pour les 350 nouvelles tablettes prochainement installées en foyers et à domicile ? La vidéo on line et Skype. En revanche les équipements plus lourds, intégrant des applications de télésurveillance et loisirs, sont encore perfectibles techniquement et posent la question du coût, pour les structures, et les particuliers. Les 100 000 € investis par Résidom dans deux établissements génèrent une augmentation des loyers de 25 % et limitent les ambitions de l’association.
Nerfs de la guerre de la « Silver révolution », les leviers financiers pour libérer ces blocages et booster l’innovation sont au cœur d’autres actions phares, tel le dispositif autodom@dom, ou le forum 4i à Grenoble. Les 12 projets rhônalpins proposés dans sa vitrine technologique le 22 mai, et son Venture 4i réunissant experts et investisseurs nationaux et européens devraient permettre de nouvelles levées de capitaux qui s’ajouteront aux 600 M€ générés depuis sa création en 1998.

Propos recueillis par Anne Le Noël



(1) Forum 4I : Manifestation européenne portée par la Ville de Grenoble, de soutien à la création, au développement et au financement d’entreprises innovantes.

(2)
Living labs : laboratoires d’usage offrant à des entreprises la possibilité d’observer les pratiques de panels d’usagers avant de concevoir des produits, services, ou technologies.



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