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Consul de Moldavie : point de vue sur l’Ukraine

Loire le 29 mars 2014 - Daniel Brignon - Actualités - article lu 433 fois

Consul de Moldavie : point de vue sur l’Ukraine
(D.R.)

Comment analysez-vous l’offensive russe sur la Crimée ? Un bras de fer avec les Occidentaux pour retrouver la main sur son aire d’influence grignotée depuis 20 ans.

Comment analysez-vous l’offensive russe sur la Crimée ?

Un bras de fer avec les Occidentaux pour retrouver la main sur son aire d’influence grignotée depuis 20 ans. Après la chute du Mur de Berlin, les démocraties populaires sur le glacis soviétique sont passées à l’Ouest. Instrumentalisée par les Etats Unis, l’UE n’a eu de cesse de prolonger ensuite son avantage avec une politique de voisinage en direction de la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie, jusqu’à l’Azerbaïdjan.

Traduite d’ailleurs par des accords de partenariat ?

Oui comme l’accord de partenariat de la Moldavie signé en novembre 2013 à Vilnius. L’Ukraine devait aussi en signer un puis a fait volte-face, ce qui a entraîné la réaction des Ukrainiens pro-européens et la révolution à Kiev. Les Européens se sont précipités alors pour soutenir le nouveau gouvernement pro-occidental. Poutine n’a pas pu interpréter ce geste autrement que comme une agression dans la région et ce fut relativement facile pour lui de retourner le rapport de force à son avantage. Poutine que l’on pouvait penser encore faible s’est appuyé sur le point faible comme au judo pour ravir la Crimée à l’Ukraine.

Quel point faible ?

La présence de populations russophones en Ukraine et dans les pays voisins. Staline avait favorisé le déplacement des populations pour avoir une présence russe de tous les côtés de l’empire. En Ukraine, la région de Donetsk est à 86 % russophone, tout le sud de l’Ukraine jusqu’à Odessa et la frontière avec la Roumanie est à 83 % russophone. La Crimée est d’âme russe comme l’a montré le référendum.

Le gouvernement ukrainien n’a pas eu de réaction à l’occupation russe ?

Il a été surtout très maladroit. L‘une des ses première mesures a été d’une maladresse incommensurable en décidant que le russe ne serait plus considéré comme langue officielle en Ukraine : une provocation stupide. Poutine s’est raccroché à ça en apportant son aide aux populations russophones qui ne souhaitaient qu’une chose : réintégrer la Russie. Poutine a eu beau jeu d’instrumentaliser cette situation, jouant sur ces minorités pour appliquer le paradigme cher aux occidentaux : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

C’est un avertissement à l’Occident ?

Ce qu’on n’a pas analysé en Occident, c’est que la Russie s’est relevée de son effondrement de 1991, qu’elle a reconstruit un système de défense. La Russie qui a courbé la tête pendant 20 ans la redresse aujourd’hui, c’est ce qui est en train de se jouer. Poutine, en très grand géopoliticien, a fait l’analyse juste et pressentie que le moment était venu de dire stop aux Occidentaux. La Russie a dit stop à cette stratégie européenne, certes molle, d’accords de partenariat, mais que sous-tend une logique d’influence perçue comme une agression de la Russie sur son aire d’influence.

Y aura-t-il contagion de cette sécession, en Moldavie principalement ?

En effet en Moldavie, en Transnistrie russophone, une bande de territoire ou Staline avait installée la 14e armée, se réveille le désir d’être rattaché à la Russie. La Gazouzie aussi au sud a une population d’origine turque très russophone conservant un lien fort avec Moscou, revendique aussi son rattachement à la Russie, mais ça ne concerne dans ce cas que quelques milliers d’habitants. Le risque de déstabilisation  le plus grand reste au sein de la population russophone d’Ukraine.

Comment voyez-vous une résolution du conflit. Les mesures de rétorsion économique auront-elles raison ?

Ces sanctions, c’est pour amuser la galerie. Ce n’est pas à la hauteur de l’analyse. L’UE a pour le coup une grande incapacité à résoudre le problème. Ce sont peut-être les intérêts économiques qui vont nous sauver de cette impasse. Vu l’ampleur des intérêts économiques, on peut espérer des deux cotés revenir à un statu quo.

Propos recueillis par Daniel Brignon

L’ambassadeur moldave à Saint-Etienne

Christian Daudel avait noué avec ce petit pays des relations suivies. A travers des missions conduites en 1999 en Hongrie, Roumanie, Moldavie, comme chargé de mission au cabinet du ministre de la Défense J.-P. Chevènement, afin de développer les relations avec la France. En tant que consul, Christian Daudel se propose d’ouvrir des relations économiques entre notre région et la Moldavie, signataire d’un partenariat avec l’UE et de renforcer les échanges universitaires existants avec l’université Jean-Monnet. Par le support d’une association fondée en 2013, il envisage aussi des échanges culturels. Le consul recevra le lundi14 avril à Saint-Etienne l’ambassadeur de Moldavie en France, Oleg Serebrian, qui en écho aux contexte agité dans la région qui le concerne donnera une conférence publique sur le thème « Une nouvelle géopolitique dans l’aire de la Mer Noire », à 14 h à la Maison de l’université.



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