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Concours d'entrée : sélection, ou élimination ?

le 10 mars 2015 - Arnaud DE JUBECOURT - Société - article lu 244 fois

Concours d'entrée : sélection, ou élimination ?

Voilà revenue la saison que bien des étudiants craignent, celle des dossiers d'inscription post bac en études supérieures, qui confinent parfois à une vraie galère, à tel point que certains candidats sont éliminés sur des conditions qui n'ont pas grand-chose à voir avec leur vocation ou leur niveau.

Joelle, qui prépare les concours infirmiers, en sait quelque chose : « Non seulement le métier est dur, non seulement le niveau exigé est de plus en plus élevé, mais les conditions d’accès au concours sont impitoyables : il faut s’y prendre dès le mois de décembre, se projeter d’emblée au niveau national » ; en effet rien n’est moins sûr que de réussir dans sa région, et pour bénéficier éventuellement d’un taux de réussite un peu meilleur il s’avère parfois utile de candidater loin de chez soi. 

Si notre pays a en principe besoin d’infirmier, le rapport offre/demande frise le déraisonnable puisque les taux peuvent avoisiner les 3% de réussite dans certaines villes.

 

Une salle d'examen (concours infirmier)

Et une fois admis, on observe que beaucoup d’étudiants abandonnent tant la formation est parfois pénible. La fédération nationale des étudiants en soins infirmiers parle d’une proportion de 45% d’étudiants (ayant réussi le concours) qui considère les études comme « violentes » au point que 41% songent à l’abandon : un gâchis énorme. A ce stade, la sélection est fondée sur des critères qui n’ont plus aucun rapport avec le désir de soigner. Pendant les concours, une autre sélection s’opère par le temps qui limite les possibilités, certains concours étant impossible à passer la même année ce qui oblige à des choix cornéliens. Enfin il y a indéniablement une sélection financière, car les concours s’avèrent onéreux (plus de 100€ par école) ce qui oblige certains étudiants à s’éliminer eux-mêmes. Mais il y a encore une sélection, et des plus douloureuses, qui est administrative : la moindre mention manquante ou case mal cochée rend le dossier incomplet. On pourrait le comprendre, à condition qu’on reste en deçà des limites de l’absurde, ce qui ne semble pas toujours le cas, si l’on en croit les témoignages. Tel celui d’Adeline dont la vocation d’infirmière est solide et ancienne : « Mon dossier était complet, il est parvenu à l’école de Chambéry largement à l’avance, mais le chèque comportait une date de décembre 2014 au lieu de 2015 ce qui pouvait le rendre caduc : on m’a interdit d’en refaire un autre (un chèque est valide 1 an et 8 jours) ; on n’a pas voulu non plus me renvoyer le dossier pendant la période de dépôt, ce qui aurait pu me permettre de le refaire ; on m’a éliminée sur ce point en me laissant sur l’impression que n’importe quelle raison est bonne pour éliminer un candidat car les administrations ne savent plus choisir ». Le vocabulaire évolue, préférant au terme « concours » le terme d’ « épreuve éliminatoire » qui en dit long. Les forums étudiants abondent de témoignages brutaux, et l’on se demande bien quel est le but poursuivi : choisir les meilleurs, ou éliminer à tout prix, au risque de décourager une bonne partie de notre jeunesse? 

Arnaud de Jubécourt



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