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Portrait : Claude et Jean-François Claustre, passeurs d'émotions

Loire le 11 septembre 2014 - Aline Vincent - Culture - article lu 1171 fois

Portrait : Claude et Jean-François Claustre, passeurs d'émotions
Claude spécialisée dans le numérique, Jean-François resté spécialiste de l'argentique et... du portrait noir et blanc, sa marque de fabrique (D.R.)

Il lui aura suffi de découvrir le travail de sa sœur aînée formée au développement photo en colonie de vacances, la magie du labo, pour être touché. Portrait de Claude et Jean-François Claustre.

« Ce qui m’a intéressé, ce n’était pas de reproduire, mais d’y mettre ma patte. J’ai compris que cette profession permettait de rencontrer des gens, et ce, dans toutes les couches de la société. Il y a une part très psychologique là dedans ». 

Vichyssois d’origine, c’est à Roanne que le hasard l’a amené en 1973 à débuter sa carrière de photographe. C’est de là qu’il tracera son chemin, immortalisant très vite les personnalités qui font le Roannais, et se fera un nom. A ses côtés, indissociable de ce cheminement, Claude, son épouse. Au cours des évolutions de leur vie professionnelle, Claude se spécialisera dans le numérique tandis que Jean-François restera un spécialiste de l’argentique.

Ce grand portraitiste partage avec elle ce fil conducteur qu’est l’intérêt qu’ils portent aux autres, pour leur histoire, parfois bien enfouie. Une curiosité qui les a menés progressivement vers d’autres horizons et de magnifiques rencontres. Pendant 10 ans, ils s’associeront à des voyages humanitaires en Biélorussie, notamment pour y convoyer des médicaments. Une mission toujours associée à la photo.

Tchernobyl, l’Inde, la Russie et l’Oural

L’avantage du temps qui s’est écoulé à construire une carrière, c’est de leur laisser aujourd’hui celui de se tourner vers d‘autres aventures. De la zone interdite de Tchernobyl côté biélorusse à l’Inde, entre New Delhi et Bombay, puis la Russie de nouveau cet été, en République Oudnour dans l’Oural (où ils se sont rendu en voiture !) à la rencontre des descendants des prisonniers du goulag. L’Ukraine est programmée pour ce mois de septembre…

Jean-François et Claude partent à la découverte de contrées où la vie est si différente de la nôtre. Témoins privilégiés, ils y vivent chez l’habitant. Lui s’attache aux portraits, un regard, une scène de la vie quotidienne... Elle, au cadre de vie, son univers. Quatre yeux pour transmettre. « Ils sont tous tellement surpris et touchés qu’on s’intéresse à eux, et surtout des Français ! ». Ils auraient pu proposer leur travail à de grands magazines. Ils ne l’ont pas fait. Ce monde est loin du leur. « On n’avait pas les contacts ». 

Avant d’embrasser la carrière de photographe en solo, Jean-François Claustre a débuté en parcourant la France pour le compte de la Maison Combier basée à Mâcon et ses cartes postales (CIM). « Mais photographier des paysages ne me satisfaisait pas complètement. Les rencontres me manquaient. Avec le recul, je sais que j’étais fait pour travailler dans un agence de reportages comme Rapho ». Il y a pensé, mais ses parents ont mis leur veto. « J’ai beaucoup appris en regardant le travail des autres : Cartier Bresson, André Lotte… ».

C’est un ami passionné de photographie comme lui qui lui dévoile l’existence de  l’association « Europhot » sur un congrès organisé à Palma. Il a un vrai choc. « Une révolution ! », décrit-il alors qu’il s’y rendait sans conviction. « On y trouve tous les grands noms de la photographie. C’est à partir de là que j’ai eu envie de me lancer dans le portrait ». En 1984, il débute par ceux de 24 artistes originaires du Roannais. Pierre Etaix, Michel Granger, la cantatrice Rachel Yacar… réunis dans un calendrier devenu collector. Entre temps, il est devenu adhérent d’Europhot. « On en était aux prémices de l’Europe ». 

Un concours est organisé avec pour thème les villes jumelées. Il choisit Guadalajara, ville espagnole jumelée avec Roanne. Vingt-cinq professionnels sont sélectionnés sur 5 000, dont lui. Ce premier prix lui vaut de gagner une magnifique BMW dont il sera longtemps inséparable.

En 1994, année de l’AOC attribuée aux vins de la Côte roannaise, il s’attaque au portrait de chaque vigneron. Sans les connaître personnellement, on lui fait remarquer qu’il a su faire ressortir ce qu’ils ne lui avaient même pas confié. Parmi les autres thèmes dans lesquels il s’est distingué figurent « Les montreurs d’ombres », le flamenco… Proche de Jean Troisgros, disparu en 1983, il travaillera 20 ans pour la Maison Troisgros.

Parmi ses autres rencontres fortes, Antonin Vergiat, né à Villemontais, près de Roanne avec le XXe siècle. Parti lui aussi en 1983, il a été chef de la section photographie de l’Armée de l’Air. Il a immortalisé Antoine de Saint-Exupéry.  Il offre à Jean-François Claustre le portrait qu’il a réalisé du célèbre peintre fauve roannais Jean-Puy. « Le seul que bien sûr je n’avais pas pu faire ».

Aline Vincent

Date : Pour n’en choisir qu’une, le printemps 1984 avec le 1er prix européen de la photo

Lieu : Les Gorges du Désert dans la Côte roannaise

Personnage : Cyril Pawloff, roannais d’adoption arrivé de Russie en 1917 et son histoire extraordinaire

Ambition : S’enrichir soi même mais dans le but de partager

Phrase : Il vaut mieux avoir faim qu’avoir trop mangé !



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