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Chez Paoli, tout est lumière

Loire le 09 octobre 2014 - Béatrice Perrod-Bonnamour - Expositions - article lu 314 fois

Chez Paoli, tout est lumière
Paoli ne peint qu'à la lumière du jour (D.R.)

Mettre de la lumière avec des couleurs chaudes, généreuses, Paoli le réalise dans une harmonie qui chante.

Rendre la lumière d’octobre, de l’hiver, voici un exercice périlleux que le talentueux artiste réussit à merveille. L’homme d’une très grande discrétion, fait palpiter son cœur à travers des œuvres abouties. L’accrochage présenté chez Pikinasso rayonne de paix intérieure.
Pao porte un nom qui chante le ciel de l’Italie. Né à Saint Etienne, il est passé par l’école des Beaux-Arts, dans la ville noire aux sept collines qui vit naître une bonne génération avant, Jean Guitton, l’académicien qui aimait comparer sa cité à Rome, la ville blanche, éternelle. A Saint Etienne, Pao a croqué les crassiers qui ont quitté leur robe de tristesse pour s’habiller aujourd’hui de vert. Il les a stylisés. Du figuratif, l’homme s’est éloigné, mais il ne craint pas glisser dans ses œuvres des fruits, tels des citrons qui se réchauffent sur la toile… à deux, des masques, visages sans regard qui invitent à distinguer au-delà du visible.
Paoli ne se disperse pas, c’est un homme de silence qui ne laisse parler que les couleurs qu’il porte en lui. Des couleurs sorties du plus profond de son être. De l’âme. Des couleurs chaudes : rouges puissants comme une perle de sang,  jaunes, orangés comme une gorgée de soleil. Des couleurs plus froides, mais jamais glacées : bleus profonds qui montent des abîmes marins jusqu’à l’infini du ciel. Des bleus cueillis les matins frais de printemps, des bleus transparents comme une larme. Des tons plus sourds comme les gris, les crèmes qui s’étalent en douceur sur le grain de la toile où pétillent des pizzicatis chromatiques. Des noirs veloutés à la Soulages qui glissent mats ou brillants.

Paix intérieure

Paoli est un homme de réflexion, qui sait laisser guider sa brosse par une force invisible. Il travaille pour une toile aboutie où l’espace se délimite, sans tenir compte du temps. Sage, il ne s’éparpille pas dans une production prolixe. Chaque toile naît d’une paix intérieure. « Je suis mystique », confesse-t-il. Ses tableaux abstraits recouverts d’acryliques aux teintes envoûtantes, sont griffés de graphismes récurrents. Sur toile, ou sur papier, l’homme construit des natures mortes à l’école de Braque. « La nature morte ignore le temps et immortalise la création. Le déplacement d’un objet réel ou imaginaire répond à ma recherche personnelle d’une harmonie de formes et de couleurs. Il crée mon univers propre », aime à rappeler le peintre. « Recherchez la théière chaleureuses sur fond de lumière, et les fleurs rosées qui éclosent sur toile ? « des clins d’œil à Bonnard et à Monet » sourit l’artiste dont le non-figuratif et les couleurs ouvrent sur des fenêtres chères à Matisse. Lignes rigides peintes ou tracées au couteau entaillant en profondeur l’épaisse couche d’acrylique, organisent le tableau ponctué d’envolées lyriques posées parfois à la feuille d’or. Emotions, sensations colorées à fleur de support. C’est du rêve au prisme de la couleur que nous fait vivre Paoli, le peintre de la lumière du jour. Passeur entre ciel et terre, il nous arrache à la route caillouteuse et au terrain incertain de la vie pour des instants d’éternité.

Béatrice Perrod-Bonnamour


 

Yves Paoli

Naissance à Saint-Etienne en 1937.
Formation aux Beaux-Arts de Saint-Etienne.
Service militaire à Clermont-Ferrand, guerre d’Algérie, amitié avec André-Didier Kersène, passionné de littérature et poète.
Bref passage en Auvergne, puis Roanne – chez les  Bernicat -, Céron en Saône-et-Loire… Escapade à Sarrebruck, retour à Cuiseaux, pays de Vuillard. A nouveau Roanne. Gérard Bernicat a été l’un des premiers à exposer Paoli à sa galerie.



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