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Chants de guerres que j’ai vues, « un univers sensible »

Loire le 13 mars 2014 - Daniel Brignon - Agglomération stéphanoise - article lu 569 fois

Chants de guerres que j’ai vues, « un univers sensible »
Pierre-André Valade dirige pour la troisième fois Chants de guerres que j'ai vues (D.R.)

Peut-on parler à propos de Chants de guerres que j’ai vues de théâtre musical ? Ce qui frappe quand on prend contact avec la pièce c’est la place de la scène.

Peut-on parler à propos de Chants de guerres que j’ai vues de théâtre musical ?

Ce qui frappe quand on prend contact avec la pièce c’est la place de la scène. On ne peut pas appeler ça du théâtre musical puisqu’il n’y a pas de déplacements, ni l’appeler strictement un concert. Il y a un travail très fouillé des éclairages, travail réellement de scène, et un placement des musiciens pas habituel. Ils ne sont pas placés en fonction des instruments, les cordes devant, puis les vents et les percussions. Mais en fonction de ce qu’ils sont hommes ou femmes. Les femmes sont à l’avant-scène autour du chef, et derrière sur une estrade très surélevée d’un mètre, se tient une seule et unique ligne d’hommes.

Le placement des musiciens est porteur de sens ?

Cette pièce met en scène des textes de Gertrude Stein, écrits pendant la guerre en 1942-1943. Ces textes parlent du quotidien de femmes pendant la guerre, seules dans leur salon. Ce sont justement les musiciennes qui incarnent ces femmes, à l’avant-scène dans un décor qui évoque un salon de l’époque. Chacune des musiciennes dit successivement des textes de Gertrude Stein. Les hommes, qui sont réputés être absents, à la guerre, se tiennent à l’arrière de la scène. Le visuel de la scène est très important pour le concert qui s’inscrit à l’intérieur de l’espace scénique.

Comment s’articulent les textes et la musique ?

La musique est organisée autour des textes. La musique réagit comme une sorte de halo autour des textes. Elle ne vient pas du tout illustrer le texte, mais lui donner une sorte de parfum, de couleur. Les textes sont des textes du quotidien, anodins, absurdes parfois, un peu drôles quelquefois. La musique participe à leur mise en scène, mais sans dramaturgie, sans imposer. L’auditeur pénètre à l’intérieur de cette oeuvre avec sa sensibilité propre et de manière très différente selon les personnes. Ce n’est pas du théâtre musical, je dirai plutôt qu’il s’agit d’un tableau musical. Quand vous regardez un tableau c’est la résonnance qu’il provoque avec votre propre sensibilité, votre histoire, qui touche.

Heiner Goebbels mêle volontiers les genres musicaux du classique au moderne ?

Même le baroque. L’écriture part de la musique baroque jusqu’à la musique tout à fait contemporaine. Il y a des mouvements baroques qui révèlent l’atmosphère du salon de l’époque, une sorte de retour en arrière.

Il n’y a pas de message, on est plutôt sur le mode de la confidence ?

Pas de message, non. De très beaux textes de la poétesse Gertrude Stein. On pénètre dans cet univers sensible. Le  texte dit par les musiciennes est amplifié pour qu’on n’ait pas besoin de déclamer mais le dire effectivement sur le mode de la confidence comme si on parlait à une personne juste à côté de soi.

Ce spectacle est-il destiné à des spécialistes ?

On m’a posé la question de savoir si cette musique était populaire. Si populaire veut dire accessible à tous, j’ai répondu qu’elle est populaire en effet. L’écriture est extrêmement raffinée mais très immédiate à percevoir. On peut l’entendre sans aucune culture musicale ni théâtrale.

Propos recueillis par Daniel Brignon

Chants des guerres que j’ai vues, d’Heiner Goebbels, jusqu’au 15 mars à 20 h au théâtre des Célestins à Lyon, mercredi 26 mars à 20 h 30 à l’Opéra théâtre de Saint-Etienne.

Heiner Goebbels

Né en 1952, en Rhénanie-Palatinat en Allemagne, Heiner Goebbels a jeté un pont entre les genres. Diplômé de sociologie et de musique, fondateur en 1976 du Sogenannten Linksradikalen Blasorchester (orchestre à vent radical de gauche) il n’hésite pas à se mêler au groupe de rock expériental Cassiber, puis il commence à composer de la musique de scène pour Matthias Langhoff notamment. Directeur musical du théâtre Schauspiel de Francfort, il compose et met en scène ses propres œuvres, nombreuses sur des textes de Heiner Müller. Auteur de musiques de théâtre autant que de mises en scènes, Heiner Goebbels estompe la frontière entre opéra et théâtre. Sollicité par les meilleurs ensembles musicaux, de l’Ensemble Intercontemporain au Philharmonique de Berlin, il compose aussi des pièces pour bande ou électronique seule.
Membre de l'Académie des arts de Francfort et de celle de Berlin, Heiner Goebbels est professeur à l'Institut d'études théâtrales à l'université Justus Liebig de Giessen en Allemagne et président de l'Académie de théâtre de Hessen.



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