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Châbons - Stéphanie de Virieu, artiste de son temps

Isère le 18 septembre 2014 - La Rédaction - Actualités - article lu 666 fois

Châbons - Stéphanie de Virieu, artiste de son temps
Stéphanie de Virieu Autoportrait (D.R.)

En 1789, la grand-tante de Stéphanie, la Marquise de Touzel, était gouvernante du Dauphin.

C’est ainsi que, parfois, sous le regard bienveillant de la Reine Marie-Antoinette, Stéphanie jouait avec les enfants de la famille royale. A la même époque sa mère, ayant visité l’atelier de David, peintre du Roi Louis XVI, lui avait parlé de l’amour que sa fille Stéphanie avait pour la peinture. Elle lui avait demandé conseils et entre autres, s’il fallait lui donner à copier des gravures. David répondit «  la seule chose à faire était de lui faire dessiner d’après nature des objets à sa portée, un pot à eau, une chaise, enfin tout ce qu’elle pouvait essayer de reproduire. Que ce mode d’étude l’avancerait incomparablement plus que de copier des modèles ».
A 13 ans, elle travaille le dessin dans l’atelier de Lavoipierre, un élève de David : quelques années plus tard, elle poursuivra ses études avec un autre de ses élèves, Grégorius Un jour qu’elle n’avait ni papier, ni crayon, étant trop pauvre pour en acheter, elle esquissa, avec un morceau de charbon, de vastes scènes sur les murs de la cuisine où elle préparait le modeste repas des siens. Le peintre Gérard, arrivant en visite, vit ces fresques et s’écria : «  Ah ! Que  n’ai-je le don de composer comme elle ! ». Le peintre David, qu’elle aura plus tard pour maître, dira « Si elle fût demeurée pauvre, elle serait devenue célèbre ! »
L’Italie était dans les années 1820, le parcours obligé pour un artiste. Stéphanie de Virieu, alors âgée de 38 ans, désirait se perfectionner en contemplant les chefs-d’œuvre de l’art antique,  mais aussi en suivant les leçons de maîtres de la peinture italienne. Elle séjourna à Rome, Naples, Turin, Florence … de septembre 1823 à février 1824, elle en ramènera une moisson de dessins, études, aquarelles et de lavis.

« Je pense que tu seras content de mes études au Vatican et de mes croquis de souvenir que je fais d’après les groupes que je vois dans les rues et qui sont toujours si pittoresques, mais je voudrais avoir quatre yeux et quatre mains pour dessiner aussi les belles ruines et tant de petites fabriques pittoresques auxquelles personne ne pense…. »
(Lettre à son frère Aymon - château de Pupetières - Rome le 4 décembre 1832)

Elle fut portraitiste pour sa famille, ses amis, Joseph de Maistre, Lamartine – on la reconnaît aussi dans la parabole de l’Enfant Prodigue, un tableau visible de nos jours, dans l’église du Grand-Lemps. Son chevalet étant toujours installé dans un coin du salon, il lui arrivait de « croquer » ses amis tout en entretenant la conversation, Stéphanie y avait aussi un établi de menuiserie où elle a réalisé nombre de statues, de meubles et de décorations d’église « afin que les âmes s’imprègnent de beau. ». A Pupetières, pour ses neveux, elle sculptera (à l’âge de 78 ans) le bandeau en pierre, de la cheminée du salon ; épisode de l’histoire de ses aïeux rappelant le don d’une fontaine aux Chartreux de la Silve-Bénite au début du XIIè siècle. Sa dernière œuvre- peu de temps avant de mourir - est en Gascogne dans l’église de Poudénas ; c’est un chemin de croix sculpté dans la pierre dont un moulage se trouve dans la chapelle du château de Virieu.

«  Le dessin n’était pas un simple goût chez moi, c’était une passion dominante, unique, absorbante, et elle m’a duré avec une intensité au-delà de bien d’autres passions et jusqu’à ce que les chagrins, des inquiétudes continuelles, soient venus m’en arracher, et encore dès que j’étais un peu tranquille, le dessin redevenait presque ma seule occupation et faisait toute ma joie. » (Souvenirs de Stéphanie de Virieu)

Ses œuvres – trois milles recensées – sont tellement liées à l’actualité de son époque qu’elles en constituent une sorte de reportage et ont pris valeur de documents historiques. Les sujets sont divers ; ce sont des paysages, des monuments, souvenirs de ses multiples voyages. Ses dessins pris sur le vif ont fixé des personnages de la vie quotidienne…ou les soldats autrichiens occupant le Dauphiné en 1814.

Le poète Lamartine dédiera à Stéphanie, en 1819, un dithyrambique « Hymne à Mademoiselle Fanni »

Oh ! toi qui de la lumière
Par ton pinceau créateur,
A notre faible paupière,
Fais retracer la splendeur !
Oh ! toi dont l’heureux génie,
Par la féconde magie
D’un charme particulier,
Pour tenir vos cœurs, nos âmes
Enchaînés en traits de flammes,
A ton gré, sur le papier.

L’éducation des femmes

Elle se penchera également sur le rôle de la femme « dont le devoir est d’étudier et de s’instruire ». Idées en avance sur l’époque et dont elle avait discuté avec Mgr Dupanloup. Il les reprendra plus tard dans ses «  traités sur l’éducation ». Sur la fin de sa vie, Stéphanie se retirera dans la demeure de sa famille maternelle à Poudenas, c’est là qu’elle meurt le 9 mai 1873 à l’âge de 88 ans. En 1990, l’école privée du village de Virieu, fut baptisée du nom de Stéphanie-de-Virieu. Le bâtiment avait été construit par Wilfrid de Virieu une centaine d‘années auparavant. Coïncidence, la rue où est située le bâtiment avait été baptisée en 1988 « Rue du Vallon Lamartine ». Le poète Lamartine avait maintes fois traversé le bourg de Virieu pour rendre visite à Aymon, le frère de Stéphanie, son ami d’école au collège de Belley (Ain).

Louis Fournier


Sources :
René Oriard, Etudes sur Stéphanie de Virieu
Anne Leflaive, Stéphanie de Virieu
Familles de Virieu, à Pupetières et à Virieu-sur-Bourbre



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