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Carine Trimouille, la méritocrate républicaine

Loire le 16 janvier 2014 - Florence Barnola - Actualités - article lu 3298 fois

Carine Trimouille, la méritocrate républicaine
(© Cristina Modolo)

La pièce est spacieuse et baignée d’une grande luminosité.

Une imposante plante verte et une armoire à dossiers jouxtent la fenêtre. Au mur, deux photos posters de la place Jean Jaurès noire du monde venu célébrer la victoire de la coupe de la ligue en avril dernier : « L’ASSE est vraiment un élément identitaire pour la ville, j’ai commencé à me prendre au jeu au fur et à mesure », assise à son bureau en L rangé impeccablement, la directrice de cabinet de la préfète ligérienne est détendue et souriante. « Je suis née à Paris, dans le XIe ». Non loin de République et de sa fameuse statue, celle où Marianne est juchée sur la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, un clin d’œil du destin sans doute. « Jusqu’à ce que je rentre en prépa, ma vie se limitait à un ensemble de rues dans le XIe, raconte-t-elle avec une pointe d’autodérision.  J’ai été élevée par ma mère et ma grand-mère. Ma mère habitait en banlieue parisienne, à Pontoise. Elle ne pouvait pas aller me chercher tous les jours à l’école donc j’habitais chez ma grand-mère en semaine.» Carine Trimouille éprouve une grande admiration pour son aïeule, « elle est extraordinaire ! Mes grands-parents maternels étaient allemands. Ils sont venus en France après guerre. Mon grand-père était légionnaire, il a fait la guerre d’Indochine. Ma grand-mère est de Berlin Est, elle est venue en 1950 en France dans le cadre d’un programme de jeunes-femmes allemandes envoyées dans des familles françaises pour être bonne à tout faire, elle avait 25 ans ».

« Mon modèle, c’est ma préfète ! »

Dès l’enfance, la future sous-préfète sait l’importance des études pour trouver une place dans la société : « j’entendais toujours dire à la télé  "le chômage le machin le truc et bidule…" Alors je me suis dit que le seul moyen pour ne pas avoir de problèmes est de travailler à fond à l’école et d’aller le plus loin possible ». Son parcours scolaire est sans fausses notes. Après le bac, elle suit une prépa littéraire à Henry IV, puis entre à l’Ecole Normale Supérieure où elle décroche un Master II en Droit et en Histoire, l’agrégation, ainsi qu’une maîtrise en Lettres classiques. Enfin elle réussit le concours de l’Ena et intègre la promotion baptisée Jean-Jacques Rousseau. Pourtant au départ Carine Trimouille ne s’imaginait pas haut fonctionnaire territorial. « Ce n’était pas du tout mon projet à l’origine. Au lycée, j’ai eu quatre ou cinq années de suite une prof français-latin-grec que j’admirais vraiment beaucoup. Pour moi elle était un modèle, elle était géniale, vraiment quelqu’un d’exceptionnel. Mon milieu d’origine n’est ni littéraire, ni culturel, c’est vraiment elle qui m’a ouvert l’esprit. Du coup je voulais lui ressembler, parce que j’ai tendance à fonctionner un peu comme par ça, par modèle. En ce moment mon modèle c’est ma préfète ».

« Une vie nomade »

Elle a épousé le corps préfectoral par vocation. « Je n’ai pas l’impression de travailler. Je m’amuse et j’ai le sentiment de faire quelque chose d’utile. C’est un métier passionnant dans le sens où on arrive le matin, on ne sait pas ce qu’on va faire dans la journée, une urgence peut tout bouleverser. C’est aussi faire des choses concrètes sur le terrain, on voit les effets directs des décisions prises. » Du XIe parisien où sept grandes rues débouchent sur la place de la République, Carine Trimouille arrive à l’hiver 2011 dans la ville entourée de 7 collines: « La seule chose qui me rattachait à la Loire, que je ne connaissais pas, était que mon grand-père, mort quand j’étais petite et qui n’avait jamais mis les pieds à Saint-Etienne, était un grand supporter des Verts. » Fraîchement sortie de l’Ena, elle a pu choisir sa première affectation. « Le poste était vacant, mon prédécesseur étant parti au mois de novembre, je voulais commencer tout de suite. C’était le poste le plus complet, avec les enjeux les plus diversifiés. » Depuis, elle vit une histoire d’amour avec le département. « J’adore la Loire. Les paysages ne se ressemblent pas. Dès qu’on arrive, on est très bien accueillie, on se sent tout de suite très entourée. Je me suis vraiment beaucoup attachée au territoire, je me suis fait des amis ici, je me suis vraiment intégrée à l’extérieur de la préfecture, j’ai des activités…» La fonction veut qu’irrémédiablement on est amené à être muté, les hautes responsabilités se conjuguent avec une vie nomade. « Il ne faut pas s’accrocher à son siège, on le sait dès le départ quand on arrive. Si je pouvais rester plus longtemps ici, je le ferais… Ne serait-ce qu’au niveau du cadre, du département où je me suis vraiment attachée. Et puis au niveau du travail que j’adore et de la préfète avec qui je m’entends très bien, des équipes efficaces et qui en plus humainement sont intéressants et attachants... »  Carine Trimouille, quittera donc dans les prochains jours la Loire pour rejoindre la préfecture des Hauts-de-Seine.

Florence Barnola

Date :
14 février et 14 juillet : on est à la fois un sous-préfet et à la fois une personne normale.

Lieu :
Le Crêt des six soleils (Montaud).

Personnalité :
Ma grand-mère.

Phrase :
«  Il faut toujours viser la Lune car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles » Oscar Wilde.

Ambition :
Etre utile aux autres.



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