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Viticulture : « la canicule plutôt que les pluies ! »

Isère le 07 août 2015 - Thomas EYDOUX - Isère rhodanienne - article lu 172 fois

Viticulture : « la canicule plutôt que les pluies ! »
Thomas Eydoux - Les vignes sur étages datent de l'Antiquité romaine

Des vendanges qui seront en avance de deux semaines mais peu de pertes. Le mois de juillet passé, c'est là le bilan de son caractère sec et caniculaire aux conséquences moindres que la référence de 2003 selon les exploitants de la rive droite du Rhône que nous avons interrogés.

Les 16 ha de Christophe Pichon constituent une charge importante de travail durant toute l’année. Toujours en exploitation familiale, le Domaine Pichon, basé à Chavanay, a vécu un rude mois de juillet. En effet, les semaines de canicule ont modifié son mode de travail sur ses terres. « La canicule n’était pas aussi sévère que celle de 2003, mais c’était quand même quelque chose », précise le viticulteur.

Deux semaines d'avance

En raison des fortes chaleurs, ses horaires ont été décalés : au lieu d'effectuer 7 h - 12 h dans les vignes, lui et ses employés y travaillaient de 5 h 30 à 13 h 30 avec une « bonne pause d'une heure ». À cette période de l’année, deux travaux doivent être effectués : attacher les vignes aux échalas (aux tuteurs) et écimer les plants. La date de réalisation de ce dernier procédé a été reportée. Néanmoins, d’après Christophe Pichon et David Duclaux, un vigneron de Tupin-et-Semons qui possède 6 ha au sud des terres consacrés au côte-rotie, les vendanges se feront en avance de deux semaines, soit dès début septembre et pour un mois.

Avec un système racinaire très développé, une vigne reste fragile longtemps. Il faut environ de 7 à 8 ans pour qu’elle s’implante correctement dans le sol, pour prendre le plus de forces possible. C’est ainsi que la sécheresse touche principalement les jeunes plants, âgés de 7 à 8 ans donc. Mais cette année n’a pas été aussi terrible que celle de 2003 ou pire, celle de 1976. « A l’époque nous avions perdu beaucoup de jeunes plants de vignes à cause de la canicule », souligne Christophe Pichon. David Duclaux, du Domaine Duclaux estime de son côté que les quelques jours de pluies de fin juillet ont quand même « reposé » les vignes.

Pas forcément évident à première vue mais d’après les viticulteurs, il est préférable pour les vignes de recevoir de grosses chaleurs que des fortes pluies. Effectivement, ces dernières sont plus enclins à transmettre des maladies (le botrytis par exemple). « Si l’on devait choisir, on prendrait la canicule plutôt que les pluies ! », tranche le gérant du Domaine Pichon. Les frères Duclaux adoptent le même point de vue.

Bon cru de rouge en perspective

Côté positif de la canicule : les vins rouges de cette saison devraient être excellents. « Il faut savoir que le vin blanc manque d’acidité avec le chaud, explique David Duclaux, le vin rouge a quant à lui besoin d’une forte concentration et c’est la température qui créé cette concentration-là. » Yves Cuilleron, à la tête d'un vignoble de 55 ha de côte-rotie, condrieu ou saint-joseph, estime de son côté aussi que le vin blanc sera moins bon. « Sans pluie, les blancs sont trop riches et donc ont moins bon goût. »

En somme, les quelques semaines de canicule du mois de juillet n’auront pas eu de répercussions désastreuses sur les plants de vignes. Si les vendanges se feront deux semaines plus tôt, la qualité du vin rouge ne sera pas impactée. Ou alors en mieux. Reste à savoir si celle du blanc le sera réellement. Economiquement, aucune perte significative n’est pour l'instant à signaler.

Thomas Eydoux

Parcelles de vignes : des prix impressionnants

Selon Christophe Pichon, à la tête d’un domaine de 16 ha, le prix d’une parcelle de champ varie selon ses caractéristiques. Par exemple, un hectare en friche tourne autour des 35 000 € dans son secteur géographique AOC. Un hectare déjà planté de vignes de côte-rotie peut coûter jusqu’à 200 000 € ! C’est aussi tout le travail qu’il y a à faire sur ces terrains qui reviennent cher aux vignerons. Mais « ça fait 5 ou 6 ans que le boom financier a débuté pour les vignerons de la rive droite du Rhône », assure David Duclaux. D’après lui, les jeunes auront cependant du mal à s’installer à cause de cette grimpée des prix liée aussi au manque de terrains disponibles. Depuis, les terrains ne se vendent plus beaucoup et les prix grimpent. « C’est la dure loi de l’offre et de la demande », conclut-il.

Des saisonniers sollicités tout l'année

Suivant les saisons, les besoins d’embaucher des travailleurs saisonniers varient. En moyenne sur l’année, il faut compter environ une personne par hectare selon Christophe Pichon. Dans son exploitation familiale, où travaillent sa femme et ses enfants, les permanents ne sont pas assez. Il est donc nécessaire d’embaucher des jeunes (ou moins jeunes) pour pallier le manque de main d’œuvre. David Duclaux compte en « unité de travail ». Concernant son exploitation, ils tournent en moyenne à six unités de travail sur l’année, du fait de ses 6 ha. Ils sont quatre à plein temps : lui, son frère, et deux employés. Le reste de l’année, différents saisonniers viennent mettre main à la patte. Ce sont les mois de mai à juillet où les frères vignerons demandent le plus d’aide. « Environ 80 % de nos saisonniers sont des habitués », explique David Duclaux. Mais la période de mai, où les vignes poussent, reste celle où les jeunes sont le plus sollicités. « La plupart sont encore à l’école durant ces mois, indique Yves Cuilleron propriétaire de 55 ha, il faut attendre juin pour qu’ils soient disponibles. »

T.E



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