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C2FT mis à mal par Volkswagen

Loire le 18 mars 2015 - Denis MEYNARD - Industrie - article lu 1449 fois

C2FT mis à mal par Volkswagen

Face au diktat du principal client, le spécialiste des pièces auto aluminium en « coulé-forgé » va placer ses 127 salariés au chômage partiel.

Une semaine après s’être déclarée en cessation de paiement devant le Tribunal de commerce de Saint-Etienne, C2FT, qui produit des pièces de sécurité en aluminium pour les constructeurs automobile, a annoncé le 16 mars en comité d’entreprise extraordinaire des « mesures de chômage partiel massives » pour ses 127 salariés. Les dirigeants de cette filiale du groupe français Sifcor expliquent que l’Allemand Volkswagen, qui représente près des trois-quarts des débouchés, les a placés dans « une situation intenable avec l’annonce, le 24 février, d’une baisse de 30 % du prix d’achat des pièces de liaison au sol (pivot de roue, pignon, étrier, support d’amortisseur, NDLR) qu’il fait réaliser depuis plusieurs années dans notre usine d’Andrézieux-Bouthéon ».

Audi, dont une partie croissance de la production est effectuée en Chine, impose même une rétroactivité au 1er janvier de cette nouvelle tarification qu’il fixe unilatéralement à son fournisseur, estimant qu’elle correspond au « prix du marché ». La perte sèche est évaluée à 4,4 M€ sur une année. « La faible trésorerie de l’entreprise fait que nous n’avions pas d’autre solution que nous placer sous la protection de la justice en demandant la mise en redressement », déclare Mikaël Pugnet, directeur de cette unité de production dont l’effectif a triplé en dix ans. Après l’annonce de la mise en place d’un chômage partiel massif, dès la semaine prochaine, le délégué syndical CGT et représentant des salariés dans la procédure collective, Icham Ezzahouani, a déclaré que « les salariés ne veulent pas, par un mouvement social, accroître les difficultés de l’entreprise dont la direction nous informe régulièrement de l’évolution de la situation ».

« Les discussions ne sont pas rompues »

C2FT se présente comme la seule entreprise de l’Hexagone, avec son concurrent Saint-Jean Industries, à maîtriser la technologie associant la fonderie et la forge au cours d’un même processus de fabrication. Travaillant essentiellement pour PSA jusqu’en 2010, elle a réalisé l’an dernier 70 % de ses 19,5 M€ de chiffre d’affaires avec la société phare du groupe allemand, dont elle livre aussi plusieurs autres marques haut de gamme : Porsche, Bentley, Lamborghini. Près d’un quart de sa production est destinée à Peugeot, le reste à des clients tels que le fabricant canadien de motoneiges Bombardier. L’entreprise, qui travaille en 3X8 à Andrézieux-Bouthéon, réalise aussi bien des petites séries (à partir de 5 000 pièces/an) que de la très grande série (plus de 300 000 pièces). Depuis la conception des moules de pièces en alliages d’aluminium (en fonderie gravité coquille ou avec le procédé coulé-forgé), jusqu’au traitement thermique des pièces, qui est réalisé en interne.

C2FT, qui a presque réussi à rééquilibrer son exploitation en 2014, à la suite de plusieurs exercices très déficitaires, affiche un passif cumulé de 5,6 M€. Son dirigeant estime que la société, plus petite que ses principaux concurrents, est « confrontée à une problématique de taille critique ». Il ajoute rechercher avec l’aide de l’administrateur provisoire et des services du ministère de l’Industrie des solutions pour « faire évoluer la position du client allemand, avec qui les discussions ne sont pas rompues ». Après avoir envisagé de rejoindre le groupe Saint-Jean-Industries, basée dans le Rhône, l’entreprise stéphanoise a cédé, en 2013, 40 % de son capital au Chinois Jilin Universal Machinery Co Ltd, qu’elle accompagne dans la mise en service, en 2015, d’une usine commune en Chine, pour fournir le marché automobile asiatique.

Denis Meynard

Une des quatre unités de production de Sifcor

C2FT a été constitué à partir de l’ex-atelier aluminium de l’entreprise Barriol & Dallière, d’Andrézieux-Bouthéon, reprise par le groupe Farinia. C2FT, qui a fêté en janvier les dix ans d’implantation sur son nouveau site de la zone de l’Orme les sources, a pour sa part intégré Sifcor, basé à Nogent (Haute-Marne), où est installé Les Forges de Courcelles. Ce groupe de mécanique détenu par la famille Deguy (dont la cession annoncée en 2008 au groupe indien Bharat Forge n’a finalement pas eu lieu) possède également deux autres usines, à Montluçon (Allier) et à Guéret (Creuse). Il réalise un chiffre d’affaires de 200 M€ avec 1 400 salariés.
 



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