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Brooks Wallin, un américain à Paris

le 04 septembre 2015 - Aline Vincent - Économie - article lu 1067 fois

Brooks Wallin, un américain à Paris
Aline Vincent - Les céréales dans son ADN

Il ne s'agit pas d'une nouvelle adaptation du célèbre film de Vincente Minelli, mais de Brooks Wallin, arrivé en France il y a près de 30 ans, à la tête de deux acteurs français du bio : Favrichon (42) et Prosain (66).

Le point commun avec la comédie musicale de 1951 est une histoire d’amour. Entre une Française et un Américain. Si Brooks Wallin vit et travaille en France depuis 1988, c’est bien ce qui a été le déclencheur. Mais le choix de rester travailler en France quand on a 32 ans, qu’on ne parle pas un mot de français, même bardé de diplômes, ne coule pas de source. « Je crois que j’ai le goût de l’aventure ! », sourit-il.

Tentant vainement durant les six premiers mois d’intégrer une entreprise où le français et l'anglais sont pratiqués, il finira par répondre à une annonce du Crédit national. Non seulement, on ne fait pas plus français, mais Brooks Wallin est ingénieur géologue ! Comme ont coutume de le pratiquer les Américains, il a entrecoupé les neuf années de son cursus universitaire d'une première parenthèse professionnelle.

Direction la neige des Rocheuses avec une équipe sismique avant reprise d'études supérieures en géophysique océanographique durant trois ans à l’université d’Honolulu à Hawaï. Suivront quatre ans au Texas dans l’exploration de pétrole off-shore comme ingénieur géophysicien. Cependant, lorsqu’en 1988 il propose sa candidature, le Crédit national n'y voit pas d'obstacle. Il apprend le français à l'Alliance française. Entre temps, il a passé un MBA à Harward à Boston, option finance. « J’avais besoin d’élargir mes compétences et mes perspectives. J'ai choisi la finance, la gestion, la comptabilité et le marketing. » Une formation précieuse pour le reste de sa carrière. Il reste quatre ans au Crédit national en charge des fusions/acquisitions jusqu’à ce qu’il intègre le groupe Total. Il quitte cinq ans plus tard la multinationale pour entrer dans une petite PME du secteur de l'agroalimentaire, « Le Goût de la Vie », spécialisée dans les produits bio à base de céréales. Elle recherche un directeur financier. Le grand écart. « La gestion d'une PME n'a rien a voir avec les finances d'un groupe comme Total ! Je me suis adapté ».

La culture des céréales dans les veines

Cette rupture trouve en fait son origine dans ses propres racines. Brooks Wallin est né à Minneapolis dans le Minnesota, au cœur d’une région céréalière, d’un père acheteur pour les plus grandes minoteries du monde. Si l’on ajoute que, comme tout petit Américain qui se respecte, il a été « élevé aux céréales », le lien avec sa vie d’aujourd’hui est tout trouvé. « Ce produit m'est familier. J'ai grandi le long du Mississippi et ses minoteries sur chaque rive, Minneapolis d'un côté, Saint-Paul de l'autre. J'ai la culture des céréales dans les veines et j'ai forcément été éduqué au niveau du goût. »

Pourtant, le chemin pour se retrouver à la tête de deux PME françaises reconnues aujourd'hui parmi les plus innovantes du marché du bio, avec des croissances à 2 chiffres, n’a pas été linéaire. Basé à Paris, le groupe « le Goût de la Vie » possède sept sociétés, dont Favrichon et Prosain. Au début des années 2000, le marché du bio est en France une niche minuscule. Le groupe rencontre des difficultés. Des filiales du groupe sont à vendre. Personne ne veut de Favrichon. « L'entreprise avait été vidée de tout ce qui avait fait son histoire depuis 1890, mais je savais qu'elle était saine », souligne Brooks Wallin. Il décide de la reprendre. Nous sommes en 2003. L’année suivante, il rachète aussi Prosain. « Je partais avec de grosses difficultés. Je savais que c'était un vrai challenge. J’ai décidé d’investir dans l’innovation et notamment les recettes. On y a introduit de nouveaux ingrédients, comme la graine de courge dont le succès continue de se confirmer. Il fallait s’intéresser au goût du bio, ne pas se limiter à ses qualités nutritives, changer le packaging, renforcer la marque qui avait peu à peu été mise de côté pour ne plus représenter que 7 % des volumes, le reste étant fabriqué pour le compte de distributeurs, anticiper sur l’outil de production… »

Favrichon conserve aujourd'hui une tête d'avance sur la concurrence en termes de nouvelles recettes … et de résultats. Le pari du bio « Premium » est réussi. Reprise il y a 12 ans avec un CA de 3 M€ et 16 salariés, la société a atteint les 12 M€ en 2015 et emploie 35 personnes. Une nouvelle progression est attendue pour 2016. Même chose pour Prosain. « Je trouve la marketing fascinant. Il est composé de tellement d'éléments. Il est l'équilibre en valeurs scientifiques et... beaucoup d'intuition ! J'ai appris de cette expérience que le patron d'une PME est un homme à tout faire ! Je voyage aussi beaucoup. J'aime me déplacer dans les sociétés, avoir en face de moi les fournisseurs et les clients. »

Aujourd'hui, Favrichon et Prosain franchissent un nouveau cap en termes de taille. « Nous devons nous structurer et inventer une nouvelle organisation... »
Aline Vincent

Lieu : le ranch familial dans le Montana où je retrouve beaucoup de mon enfance

Date : le 10 septembre 1988, mon mariage à Douarnenez

Personnage : mon père pour son charisme. Un homme très déterminé mais aimé de tous

Ambition : construire durablement pour laisser un impact

Phrase : quand on a l'excellence d'un métier, on voit l'avenir avec sérénité



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