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Biennale internationale design 2015 : une édition « généreuse »

le 11 mars 2015 - Daniel Brignon - Actualités - article lu 900 fois

Biennale internationale design 2015 : une édition « généreuse »
Daniel Brignon - Benjamin Loyauté, commissaire d'expositions internationales

Saint-Étienne devient pendant un mois la « capitale mondiale du design ». La Biennale internationale design, événement phare du rayonnement international de la capitale ligérienne investit toute la ville du 12 mars au 12 avril, à travers 55 expositions internationales rassemblées autour du thème « Les sens du beau ». Le « beau » vient cette année interroger le design dans cette proposition qui veut changer le regard, selon Benjamin Loyauté co-commissaire général. Rencontre.

« Les sens du beau », la thématique de la Biennale 2015, que vous inspire-t-elle ?

C’est la première fois que l’on se saisit de ce terme, le beau, un mot qui a pu faire peur surtout en design, mais un mot réceptif par tout le monde. Tout le monde peut s’emparer de ce terme. Mot assez généreux. J’imagine le beau dans sa relation au visiteur. « Les sens du beau », cela veut dire la destination du beau, la réception du beau. En ce sens on veut inviter les visiteurs à s’interroger, débattre, réfléchir. La thématique confirme une volonté de la Biennale de s’adresser à tous les publics.

Vous introduisez un débat nouveau, entre le beau et l’utile ?

On ouvre des champs nouveaux. Il s’agit de décloisonner les champs de vision, une vision du design comme répondant exclusivement à une fonction et de l’autre la valeur symbolique de l’objet, l’affect, autrement dit le beau, qui fait peur et que l’on a laissé au monde de l’art. Dans le design, la déco est souvent considérée comme un superflu, une surcharge pondérale, cosmétique. Or, je prétends que le beau a aussi une fonction, c’est l’objet visuel, l’affect, une relation à l’objet. On ne peut pas parler de l’usage si on ne connaît pas la valeur symbolique des objets. Le design c’est lier l’utilisation à la forme, l’usage à l’affect, une zone de convergence que l’on veut mettre en avant dans cette Biennale.

Il s’agit de faire tomber les visions monomaniaques omnipotentes qu’on a sur le design, qui font qu’on doit toujours justifier le beau à travers l’utile. L’usage ne peut pas s’envisager sans l’affect, et inversement. Il y a la notion de plaisir, de désir, le beau ne doit pas rester une déviance associée à la luxure. Il y a une notion de beau dans la sphère du design, on l’assume.

Comment ce thème va-t-il se traduire dans les expositions ?

Cela se traduira dans les expositions par des expériences sensibles, qui suscitent une relation immédiate. J’ai envie de toucher les gens, à travers une expérience sensible. Il ne s’agit pas d‘accumuler des objets pour les faire admirer sinon il vaut mieux aller au BHV. Je veux montrer de manière différente le design, j’ai envie de raconter une histoire. Je suis plus comme un scénariste, un metteur en scène.

Concrètement dans le contenu des expositions ?

Giovanna Massoni pose la question de la manière dont les entreprises investissent des pays en régionalisant leur geste, comment les entreprises de plus en plus géolocalisent leur geste, c’est le système « glocal ». Nous aurons ainsi une exposition d’objets construits sur ce principe de géolocalisation des objets répondant au même usage mais dont la forme est adaptée à la culture locale. Une casserole grecque n’est pas la même qu’une casserole chinoise, les deux ont le même usage mais pas la même forme. Nous nous interrogerons sur la manière produire différemment que selon le productivisme, avec le biomimétisme ou repenser comment on cohabite avec la nature. Il est très important que l’on n’annihile pas la nature, de la respecter. La nature est consubstantielle au bien-être de l’homme. Une manière de montrer que le design a toute sa place dans la réflexion sur les enjeux de société.

Il y a une notion d’échange très importante dans cette Biennale ?

Je travaille un design d’expérience, autrement dit je travaille avec les gens. Et j’attends de cette Biennale que les visiteurs soient curieux, réagissent. On ne peut pas avoir un beau uniforme, universel. Le beau c’est la même chose que le design il ne peut être compris que dans un contexte, une société.
Le but est de rendre aux visiteurs un moment de réflexion, de convergence, de bien être et d’amusement. Chacun pourra y trouver sa direction.

La Biennale va investir la ville, c’est très important pour moi, cela veut dire réimplanter de l’échange, garder en tête d’aller vers les gens. La seule force du designer, c’est l’enthousiasme. Il est celui qui décloisonne. Le design est foncièrement une activité interactive.


Vous allez recevoir le grand public mais aussi des professionnels et en particulier des designers. Quelles perspectives leur offre cette Biennale ?

La qualité de cette biennale est d’être internationale, peut-être la plus grosse biennale au monde avec pour commissaires d’expositions des designers du monde entier. Pour les designers, ce sera une vitrine, un lieu de prospection, de réflexion, où ils viennent ressentir les tendances. Nous sommes des outils pour eux, des pistes de réflexion que nous offrons aux designers qui viennent chercher l’inspiration. C’est aussi pour eux un moment de rencontre.

 

Propos recueillis par Daniel Brignon



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