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Bernard Lavilliers : le baroudeur ne raccroche pas les gants

Loire le 13 février 2014 - Béatrice Perrod-Bonnamour - Roannais - article lu 1431 fois

« Je voulais un album qui ait du souffle » raconte Bernard Lavilliers.

« Pari gagné », reconnaît Michel Feugère, un enfant de la Côte roannaise qui a accompagné à la trompette le rocker pour son dix-neuvième opus Causes perdues et musiques tropicales et son vingtième Baron Samedi, notamment dans quatre de ses chansons. « C’est Fred Pallem, arrangeur musical pour cuivres et cordes qui avait fait appel à moi, pour l’enregistrement en live dans deux studios parisiens. Lavilliers, c’est un rockeur qui aime et pratique la musique outre Atlantique  à la façon française. Dans son dernier CD, il y a de la musique brésilienne, de la samba, de la rumba avec ce côté “métal“ qui lui est propre », ajoute le trompettiste bien connu qui était au côté de Lavilliers à Agadir au Maroc à l’occasion d’un grand concert sur la tolérance. « Nous étions dans la même voiture, cela nous a permis d’échanger », ajoute  le trompettiste.
Dans Baron Samedi,  le barouder affirme sa force tranquille, en martelant que la vie reste un combat (Vivre encore) et que « les hommes savent surmonter l’enfer ». Bernard Lavilliers a écrit cette chanson sur la souffrance et l’espoir après son retour d’Haïti, là où est né son album. Un CD qui s’ouvre par Scorpion, adaptation  d’un poème de Nazim Hikmet, un des plus grand poète turc d’avant-garde du XXe siècle, mort en 1963 à Moscou, rejeté par son pays.

Vaudou haïtien

Scorpion « est une sorte de travelling à la fois noir et plein d’espoir, cruel et généreux, avec un tempo irrésistible de marche en avant, mais aussi un ciel de violons dans lequel le soleil perce les lourds nuages noirs ». L’homme de terrain  a rejoint Port-au-Prince après que la ville a été ruinée par le tremblement de terre de janvier 2010. Il rendit visite à ses amis artistes. Reçu par Grégory Vorbe, le plasticien-musicien. Lavilliers découvre sur le mur d’un cimetière la figure du Baron Samedi. L’important personnage du panthéon vaudou haïtien, porte un haut-de-forme blanc, des lunettes de soleil dont l’un des verres est cassé. « Quand je suis arrivé, le Baron Samedi – qui deviendra le titre de son vingtième album - régnait sur la ville. Comme un grand silence », confie Lavilliers. L’homme va alors faire sienne la souffrance   des Haïtiens qui ont subi la violence du séisme détruisant les habitations, engendrant la mort.  Ainsi dans son autre titre Tête chargée - à la trompette entre autres Michel Feugère -  interpelle-t-il : « que peut l’art contre la misère, la musique contre la solitude, les artistes contre les habitudes ? » Pour Bernard Lavilliers, l’art naît du souffle de la liberté. Troublante est cette chanson, au tempo rock steady, la plus urbaine de l’album. Un album qui « concilie au travers de l’urgence des mots, de la clarté de la musique, le vacarme  de l’humain et la sûreté des arrangements aussi vastes ».

Mythes et cœur des hommes

« J’ai voulu que cet album ait des couleurs de musique de film, de chanson française classique, de pop à grand orchestre », confie le chanteur qui explore des souvenirs dans cet opus qui examine le monde d’aujourd’hui et sa mémoire, les grands mythes et le cœur des hommes. L’opus  passe aussi par Y a pas qu’à New-York, sorte de retour au funk des années 70 – titre soutenu aussi par la trompette de Michel Feugère - et s’achève avec Villa Noailles. Lavilliers évoque ici un lieu mythique où se sont croisés tous les avant-gardes : « Il n’y a pas plus moderne », raconte l’interprète se souvenant des artistes qui se sont retrouvés là, de Cocteau à Bunuel, de Chagall à Delaunay.

Béatrice Perrod-Bonnamour

Le Scarabée à Riorges, vendredi 14 février. Tarif spécial abonné : 28 €. Renseignements au Théâtre municipal de Roanne, tél. : 04 77 71 05 08.


Bernard Lavilliers, le fils de mineur de fond à Firminy, chante les maux enfouis qui ressurgissent à fleur de peau. L’ancien locataire repenti de Saint-Jodard, poète engagé surtout à ses débuts dont Prévert, Boris Vian furent les muses, défenseur des causes perdues, aux allures brutes de décoffrage, mais au cœur tendre et pudique  n’a jamais oublié ses parents,  sa mère institutrice récemment décédée à 95 ans à qui il dédie Sans fleurs ni couronnes.   Ce bourlingueur  aux quatre coins du monde, Afrique, Amérique du Sud notamment, posera ses valises pour un soir à Roanne, le 14 février, au Scarabée. Il brillera  pour ses fans, interprétant ses tubes, son dernier CD dont  le long poème à Cendras qu’il a mis en musique Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. Le baroudeur assagi, éternelle boucle à l’oreille, regard d’acier au loin,   continue  à avancer On the road again !



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