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Bernard Devert, à l'origine de l'économie solidaire

Rhône le 20 février 2015 - S.B. - Économie - article lu 719 fois

Bernard Devert, à l'origine de l'économie solidaire
G. ATGER - Le père Devert a fondé le mouvement Habitat et Humanisme

Fondateur du mouvement Habitat et Humanisme, il a inventé le concept d'économie sociale et solidaire. Trente ans plus tard, ses convictions restent intactes.

L’homme est unique, les qualificatifs pour le décrire sont nombreux. Tantôt entrepreneur, tantôt bâtisseur, mais aussi juriste, investisseur, dirigeant… Bernard Devert reste néanmoins profondément prêtre et humaniste.

Une conscience acquise assez tôt, développée au contact de son père, qui a connu les camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. « Ne jamais accepter l’inacceptable : c’est l’héritage de mon père », confie-t-il dans un murmure. Une éducation d’un « autrement possible » qui conduira le jeune homme, qui a grandi dans le quartier d’Ainay à Lyon, à imaginer, quelques années plus tard, une nouvelle façon de faire de la promotion immobilière. Après des études de droit et un passage comme syndic de copropriété dans une régie lyonnaise, il se met à son compte et crée Innovation et construction. « Je voulais changer la logique du marché, en réconciliant économie et solidarité », souligne-t-il.

Il fonde l’association Habitat et Humanisme, dont le but est de loger des personnes défavorisées dans des quartiers mixtes. « C’est important de ne pas être relégué loin du centre », précise-t-il. Cette structure repose sur un principe simple : utiliser les mécanismes du marché en faisant appel à l’épargne individuelle pour soutenir un projet social. Un fondement encore en vigueur aujourd’hui, pour toutes les activités du mouvement qui gère aussi des établissements pour personnes âgées, des immeubles intergénérationnels ou propose des produits d’épargne plus classiques.

Un projet qui reçoit vite le soutien du cardinal Albert Decourtray, alors archevêque de Lyon. Convaincu par cet homme atypique qui veut s’engager dans la voie de la prêtrise, le cardinal lui laisse les coudées franches et lui accorde toute sa confiance. « J’étais passionné par mon métier, j’ai simplement attendu pour répondre à cette vocation », explique celui qui fut ordonné prêtre à 40 ans, « en étant exempté du séminaire ».

Depuis sa première acquisition, l’association s’est développée sur le plan national et représente 4 000 adhérents, 3 000 bénévoles et 300 salariés. Elle dispose au sein de sa foncière de près de 3 000 logements et en gère plus de 4 000 autres pour le compte de propriétaires privés et publics. Soit près de 18 000 familles. « L’habitat, c’est ce lieu de vie où l’on fonde un foyer, élève un enfant. Ce doit être un écrin privilégié et non pas une machine pour se loger », estime-t-il.

Néanmoins, il reste encore à faire. « Tout le monde a besoin d’un logement et ce besoin est loin d’être satisfait : ce mal nous nargue, nous résiste », déplore-t-il, encore marqué par les remarques blessantes d’opposants, et ils sont nombreux. Il est habitué aux procès à l’encontre de ses projets.

Malgré un emploi du temps surchargé, à l’instar d’un entrepreneur plus classique, Bernard Devert n’a jamais délaissé ses activités de prêtre. A la demande du cardinal, il fut pendant onze ans l’aumônier du centre Léon-Bérard, « une véritable approche du fragile ». Il consacre toujours ses dimanches à la célébration : à la maison d’arrêt de Villefranche, à la chapelle du monastère des Clarisses, là où il vit quand il laisse son appartement à une famille dans le besoin, et à Saint-Bonaventure. Et prend le temps d’écrire, beaucoup - il tient un blog, publie régulièrement des tribunes dans la presse -, et de lire, tout autant - il est capable de réciter des passages entiers d’un roman.

A 67 ans, il reste plus combatif que jamais. En permanence sur le terrain, il ne cesse de suivre les projets, dont un, d’envergure, dans l’ancienne prison Saint-Paul qui verra le jour à la rentrée 2015. Et demeure ce pont entre deux rives, au service de la fraternité.



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