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Cinéma : Les affreux de la création

le 27 février 2015 - Eric SEVEYRAT - Cinéma - article lu 94 fois

Cinéma : Les affreux de la création
DR - Alain Chabat, grand comédien étonnant et touchant

Poilant, jouissif, intriguant, iconoclaste…on pourrait aligner les adjectifs faciles. Le fait est que « Réalité », le film de Quentin Dupieux, ne ressemble à rien de connu, si ce n'est un air de famille avec les films de Michel Gondry. A voir. « Réalité », de Quentin Dupieux, avec Alain Chabat, Jonathan Lambert, Elodie Bouchez…

Tourner à Los Angeles, dans le milieu du cinéma et de la télé, avec des acteurs français s’exprimant en anglais, a quelque chose de cocasse, comme à front renversé. Les Américains ont la réputation de se sentir partout chez eux, c’est aussi une de leurs grandes qualités, cette fois, ce sont des Français. Jason Tantrat (Alain Chabat) est un modeste cameraman sur une émission de cuisine ringarde sur une petite chaîne locale. Mais il a un projet de film dans la tête (comme tout le monde à Hollywood, ça sent le vécu chez Dupieux). Un jour, il ose franchir la porte du redoutable producteur Bob Marshall (Jonathan Lambert) complètement cynique, névrosé, bourré de toc. Le pitch de son film, un truc délirant de série B section « horreur » (les postes de télévision se mettent à attaquer les humains, on vous raconte pas le reste qui vaut son pesant de cacahouètes). Pour lâcher son argent, le producteur demande au cinéaste de lui produire le plus beau gémissement de douleur de l’histoire du cinéma (« Je veux un Oscar pour ce gémissement ! »).

On cesse là de vous narrer l’intrigue, qui maintient un vrai suspens au-delà de cette base délirante (au vu de ce que l’on sait des folies d’Hollywood, Dupieux est au-dessous de la « réalité » du milieu). Si faire un film c’est écrire une sorte de rêve sur un écran, « Réalité » parle de cela, et le met en abyme avec brio et humour à tous les plans. Pas de gags au kilomètre, mais une tonne de talent au mètre carré. Les films qui parlent du cinéma, à commencer par Godard, sont vite taxés d’intellos (« Le cinéma est mort ! »). Truffaut avait réussi, avec La Nuit américaine, un film parfait sur le cinéma. Dupieux décrit les affres et les souffrances du cinéaste au travail, avec un degré d’autodérision inégalé. Les « Affreux » de la création, comme disait Gainsbourg. 

Eric Séveyrat

 



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