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Armand, la vie au bout de la pagaie

Isère le 17 août 2015 - C.T. - Sciences, Santé, Environnement - article lu 939 fois

Armand, la vie au bout de la pagaie
Ariane Mathieu (ARSEP Corse) - Damien Mareau, champion du monde de descente sprint 2015 (canoë biplace) est venu l'encourager lors de son départ

Armand Thoinet, 22 ans, originaire de Saint-Romain-de-Jalionas, atteint de sclérose en plaques (SEP), s'est lancé un audacieux défi : partir de Saint-Florent pour rejoindre Bonifacio, soient 430 km entre le nord et le sud de la Corse, en kayak de mer. Il est allé à la rencontre de lui-même et des autres pour évoquer la maladie et combattre les préjugés.

« C’est très dur physiquement et mentalement, mais je m’accroche », confie Armand. A 7 h, il prend la mer. « Le matin est le meilleur moment pour naviguer ou après 17 h », explique-t-il. Mer, météo et fatigue conditionnent son parcours (4 à 21 km par jour).  Etape après étape, il file vers son but : « Je veux parler de la sclérose en plaque, montrer à ceux qui sont atteints qu’on peut se surpasser et à tous que malgré le handicap, un jeune peut aller de l’avant ». Arrivé sur une plage pour se reposer ou bivouaquer à la belle étoile, il intrigue les gens avec kayak et matériel, le tout pesant 60kg. Alors, il est heureux d’échanger.

Trois ans de galère… et le déclic

A 19 ans, sa pathologie, la sclérose en plaques, est diagnostiquée. Des signes se manifestaient déjà à 14 ans. Rien n’est plus comme avant (famille, amis, rugby…). Maladie, traitement, embûches, préjugés… le submergent. Sous l’impulsion de deux amis, il réagit. En décembre dernier, c’est le déclic. Le tour de la Corse (lieu de ses vacances familiales), idée qu’il a depuis longtemps, sera son défi. Il étudie sa faisabilité, prend des contacts, organise son projet "Souquer en pagaie" (parcours, difficultés, bivouac, pêche…), il achète le kayak qu’il adapte et le matériel, s’entraîne sur des plans d’eau de Rhône-Alpes, encouragé par sa famille. Après les années noires, le jeune homme, qui a toujours rêvé d’aventure, renoue avec le sport pour reprendre confiance. Ce périple en autonomie complète est vital pour lui. Sa neurologue approuve. Il vivra une expérience, prendra son temps et profitera à fond.

De San-Firenzu à Bunifaziu , à la conquête de l’ouest… de la Corse

Il est déterminé : « J’en ai marre d’être trop raisonnable, quand je me retourne, qu’est-ce que j’ai fait de ma vie depuis ce temps ? ». Le rugby, qu’il a arrêté la mort dans l’âme après 13 ans de pratique, lui a enseigné le dépassement de soi.
Il associe la lutte contre la SEP à ce défi : soutenir la recherche, combattre les préjugés, sans ignorer que « Les efforts ne sont pas à faire uniquement par la société qui nous entoure, la première cause de mal être, nous en sommes à l’origine en chacun de nous ! ». Armand veut s’adresser aux nouveaux diagnostiqués, les inciter à faire des projets, lui qui a mis trois ans à accepter et réagir. Son slogan, « Là où il y a une volonté, il y a un chemin », est une citation de Lénine.


Début août, il se met à l’eau de la plage de la Roya de le Saint-Florent, prêt à ramer 5 heures par jour à 5km/h pour rallier les falaises de Bonifacio par la côte ouest, en trois semaines. Il est seul à bord, sans rien négliger : connaissance de lui-même (son corps, ses limites, sa maladie), sécurité (stabilisateurs, voile, permis bateau côtier acquis à 16 ans…), soutiens de son entourage (sa famille le suit et l’approvisionne ; des amis souqueront ponctuellement à ses côtés), de réseaux sociaux (plus de 400 personnes le suivent), d’Harmonie mutuelle et de l’ARSEP Rhône-Alpes qui a passé le relais à son homologue corse. « Je suis très touchée par son histoire. Son projet est ambitieux mais pas sans risque », souligne Ariane Mathieu, déléguée corse. Elle a revu la sécurité avec lui, mobilisé ses réseaux sur le terrain et sur le web. 
Armand reprend sa vie en main, la consolide. En septembre, il validera sa licence professionnelle en alternance dans le domaine des travaux routiers.

C.T.

Plus d'infos, http://www.facebook.com/SouquerEnPagaie


La mise à l'eau pour le grand départ
 

La sclérose en plaque, maladie auto-immune


Cette maladie inflammatoire du système nerveux central induit un dérèglement immunitaire. Les globules blancs s’attaquent de façon anormale à la myéline, tissu qui entoure les fibres nerveuses et permet la transmission de l’influx nerveux par les neurones.
Cette maladie est la première cause de handicap acquis non traumatique chez l’adulte jeune, entre 25 et 40 ans. En France, elle touche près de 100 000 personnes dont 700 enfants de moins de 18 ans (trois-quarts des malades sont des femmes) et, dans le monde, 2,3 millions dans le monde.
Ni la cause ni le remède ne sont connus. Seuls existent des traitements symptomatiques de la maladie. La recherche est l'unique espoir des patients. http://www.rhone-alpes-sep.org



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