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Aldo Oumouden (Grande Mosquée de Saint-Etienne) : « Nous ne pouvons pas réparer le radicalisme, mais nous pouvons le prévenir »

Loire le 21 septembre 2014 - Alice Canivet - Société - article lu 1657 fois

Aldo Oumouden (Grande Mosquée de Saint-Etienne) : « Nous ne pouvons pas réparer le radicalisme, mais nous pouvons le prévenir »
Alice Canivet - La 2e édition des Etats généraux sur le radicalisme religieux a eu lieu le 21 septembre

Saint-Etienne a accueilli dimanche 21 septembre, la 2e édition des Etats généraux sur le radicalisme religieux, présidée par la Grande Mosquée Mohammed VI de St Etienne. Un rassemblement de grands acteurs religieux musulmans qui ont tenté de trouver des solutions pour lutter contre la radicalisation des jeunes. Un phénomène que dénonce Aldo Oumouden, le porte-parole de la mosquée de Saint-Etienne.

Le terme « radicalisme » apparaît très souvent dans les médias ces derniers temps, comment le définir ?

Le radicalisme dit « religieux », n’a rien de religieux. Nous tenons à ce qu’il y ait une différence marquée entre l’islam et le radicalisme. Il fait évoluer les  jeunes comme ils évolueraient dans une secte, avec une lecture complétement erronée et caricaturale de l’islam. Souvent ces jeunes sont pris en charge par des prédicateurs violents à partir de 13 ou 14 ans, l’âge auquel ils sont livrés à eux-mêmes, dans l’oisiveté et dans un contexte socio-économique difficile. Ils deviennent une proie facile.

Pourquoi est-il nécessaire de débattre aujourd’hui de la question du radicalisme religieux ?

En raison des événements récents et notamment au départ de nombreux jeunes pour combattre en Syrie. Quand ils reviennent en France, ils ont des idées radicales, extrémistes et même terroristes parfois, puisque des attentats ont été commis, comme en Belgique par exemple (Musée juif de Bruxelles, 24 mai 2014, NDLR). Il est de notre devoir aujourd’hui, en tant que musulmans de travailler sur ce phénomène même si nous savons que ce problème n’est pas exclusif aux musulmans, mais concerne la société entière. Chacun devrait nous aider à éradiquer le radicalisme.

Peut-on évaluer la présence du radicalisme à Saint-Etienne ?

Il faut prendre une mesure globale. Sur le plan européen, 600 jeunes sont partis faire le djihad, dont 50 % issus de la France. C’est un chiffre extrêmement important et grave. Cela signifie que nous sommes incapables aujourd’hui de cantonner le  radicalisme car nous n’avons pas encore réfléchi aux bons mécanismes à mettre en place. Il y a des radicalistes à Saint-Etienne. Vous le voyez à travers un certain comportement, ce sont des gens qui veulent exclure tous ceux qui ne leur ressemblent pas. Mais parfois, certains ne donnent aucun signe d’extrémisme et peuvent se radicaliser du jour au lendemain.

Et quelle est la position de la Grande Mosquée de Saint-Etienne face au radicalisme ?

Elle est très claire. L’islam est une religion de paix, c’est un cheminement spirituel et personnel. Or, ce que nous observons chez les jeunes, c’est ce manque de parcours personnel. Ils ont souvent une connaissance très limitée en matière de religion, erronée et encouragée par des messages de vengeance sociale.

Quels sont les lieux où le radicalisme est le plus présent ?

Le radicalisme ne se trouve pas dans un lieu particulier, il n’a, par exemple, pas de rapport avec la vente de drogue dans tel ou tel coin, non ! Il se porte en soit, par un certain nombre de jeunes. Il ne vient pas des mosquées non plus car souvent ces radicalistes ne les fréquentent même pas ! Cela ne ressemble pas à leurs propres inspirations en matière de terrorisme et de radicalisme extrême. En revanche, l’intégrisme peut sortir de prison à travers des jeunes qui sortent avec une envie de revanche sur la société, de se distinguer…

Justement, y a-t-il des moyens mis en place à la maison d’arrêt de La Talaudière ?

Depuis cette année, un aumônier intervient. Il s’agit d’Abdallah Haloui, un Stéphanois qui apporte une aumônerie aux jeunes incarcérés. Il promeut le message de l’islam du juste milieu.  Nous avons besoin de personnes avec une certaine autorité religieuse mais également avec une connaissance théologique suffisante pour encadrer les jeunes. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas réparer le radicalisme, mais nous pouvons le prévenir.

Et que proposez-vous ?

Nous avons déjà une école, ici à la mosquée, mais pour assurer une prévention, il faudrait mettre en place une aumônerie extra-scolaire. Nous avons souvent demandé à sortir de cette prison de laïcité qui, malheureusement, ne nous aide pas à mettre en place un encadrement sérieux, une formation par un corps professoral bien formé. Dès l’âge de 13 ans, c’est la rue qui récupère les jeunes et à partir de ce moment-là nous n’avons plus aucun impact sur eux.

Propos recueillis par Alice Canivet

 



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