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Aïd : quel bilan pour la première édition de l'abattoir temporaire ?

Loire le 06 octobre 2015 - Marine Graille - Société - article lu 637 fois

Aïd : quel bilan pour la première édition de l'abattoir temporaire ?
Stocklib - 1 350 bêtes ont été abattues dans l'abattoir provisoire de Saint-Etienne

Les fêtes musulmanes de l'Aïd ne sont pas passées inaperçues cette année à Saint-Etienne. En effet pour la première année, la préfecture et la municipalité ont autorisé la mise en place d'un abattoir temporaire pour éviter l'abattage clandestin. Une mesure qui est loin d'avoir fait l'unanimité.

Si pour les uns, la première édition de l’abattoir temporaire mis en place pour l’Aïd a été un succès avec environ 1 350 ovins tués (soit 44 % des moutons abattus dans tous les sites d’abattage autorisés de la Loire), d’autres au contraire, tirent la sonnette d’alarme quant au respect des lois et des conditions d’hygiène en particulier.

Le projet est né à l’origine pour éradiquer l’abattage clandestin. « Notre volonté était d’encadrer et de réguler ce phénomène pour ne plus être montrés du doigt », explique Karim Aich, chef de projet de l’abattoir temporaire de Saint-Etienne et salarié de la Sicarev, un groupe d'abattage. La préfecture et la Ville de Saint-Etienne ayant constaté que l’offre était inférieure à la demande, il a été décidé de faire appel à des porteurs de projets pour mettre en place ce centre d’abattoir. Karim Aich, dans le métier de l’agroalimentaire depuis 30 ans et diplômé de l’Ecole nationale des industrie du lait et des viandes, a alors été sélectionné en avril dernier.

A l’issue de cette désignation, la Ville a mis à disposition des locaux vacants rue de l’Apprentissage. Plusieurs semaines de travaux ont été nécessaires pour remettre ce bâtiment en conformité. « Il fallait isoler et mettre ce local aux normes de sécurité. Pour avoir zéro déchets nous avons fait une tranchée afin de récupérer notamment le sang qui était ensuite redirigé dans des cuves. Il y a eu un vrai travail de partenariat entre la Stéphanoise des eaux et l’établissement d’équarrissage Monnard pour retirer ces déchets. » Karim Aich insiste sur les nombreux contrôles réglementaires que les services vétérinaires ont effectués. « 250 000 € ont été investis pour que tout soit dans les normes et tout cela en autofinancement », souligne K. Aich.

Version contestée

Les contrôles sanitaires effectués ne sont alors pas contestés par Alain de Peretti, docteur vétérinaire et président de Vigilance Halal, mais qu’il les remet néanmoins en cause. « Ces règles sanitaires mises en place, c’est un décor à la Potemkine. Le site a en effet été contrôlé mais par de jeunes vétérinaires qui ne sont pas assermentés et que l’on jette dans un milieu où, s’ils ont l’outrecuidance de contester la conformité, ils auraient probablement subi d’importantes pressions. » Des éléments formellement contestés par la directrice départementale de la protection des populations, Nathalie Guerson. « Cela n'est fondé sur rien. Aucune embauche de jeunes vétérinaires a été faite pour l'ensemble des abattoirs et tous été parfaitement formés. Tout a été organisé dans les règles que ce soit pour le bien être de l'animal que le respect des conditions d'hygiène et de respect de l'environnement.

A. de Peretti, qui se défend de toute appartenance à un courant politique, propose à la communauté musulmane de délaisser cette pratique qu’il juge « dangereuse et d'un autre temps ». Selon lui, les abattoirs de ce type « facilitent la propagation de maladies comme le prion qui se transmet à l’homme selon des études scientifiques ». A. de Peretti, qui n'a pas pu se rendre sur les lieux de l'abattoir stéphanois, s'oppose apr ailleurs à la pratique de la démédullation qui consiste à enlever la moelle épinière afin d’empêcher toute contamination entre les carcasses. « Cela est très inquiétant car les déchets à risque sont ensuite jetés dans les poubelles », assure le président de l’association. Un argument que conteste en bloc le chef de projet de l’abattoir temporaire stéphanois qui assure pour sa part que « la démédullation n’est obligatoire que sur les bêtes de plus d’un an. Or, nous avons justement pris soin de ne sélectionner que des jeunes animaux de moins de 12 mois ».

Pour protester contre la tenue de cet abattoir, Vigilance hallal a décidé de porter l’affaire devant la justice en déposant à deux reprises un référé de suspension auprès du tribunal administratif de Lyon.  « Nous avons demandé à la préfecture et à la mairie les documents administratifs justifiant de la régularité de l’opération, notamment l’arrêté préfectoral. Nous nous sommes heurtés à une fin de non recevoir », soutien A. de Perreti. Nathalie Guerson, assure pour sa part que deux arrêtés ont été déposés notamment l'autorisation au titre d'installation classée pour la protection de l'environnement (décontamination...).  Les différentes requêtes déposées par l’association ont chacune été considérées comme irrecevables qui a décidé de faire appel de cette décision auprès du Conseil d’État. Une plainte devrait également être déposée pour mise en danger d’autrui.

Marine Graille

4 % d’ovins de la Loire abattus

Parmi les conditions émises par les services de la préfecture pour la mise en place de cet abattoir temporaire, se trouvait le respect du circuit court et de l’approvisionnement local. En effet les services de l’Etat souhaitaient que dans ce projet soit favorisé les éleveurs ligériens. Or selon Karim Aich, qui a piloté l’abattoir, un seul éleveur de la Loire leur a fourni une cinquantaine de bêtes. « Nous avons demandé à la chambre d’agriculture de nous fournir le cheptel ovins et les naissances sur l’ensemble du département ainsi que des contacts auprès d’éleveurs intéressés pour nous approvisionner. Malheureusement, le président nous a répondu mi-août, alors que les fêtes commençaient 4 semaines plus tard, en nous invitant à nous rapprocher de négociants, dont M. Bertholet qui est également président de l’abattoir d’Andrézieux-Bouthéon », explique K. Aich. Selon ce dernier 2 000 bêtes avaient été commandées et M. Bertholet leur en aurait proposé 300 à la fin août. « Alors que d’habitude le prix de la bête est fixée en fonction du poids (7 € prix carcasse, Ndlr), ici il avait été fixé à 180 € la pièce (soit 9 €, le prix carcasse). » Face à un prix jugé trop élevé, K. Aich a fait appel à des éleveurs de Paca ou de Midi Pyrénées pour approvisionner l’abattoir de 1 500 ovins.  

Nathalie Guerson, directrice de la DDPP de la Loire, regrette en effet que « les discussions n’aient pas se faire de manière plus approfondies », mais rappelle que « l’approvisionnement est libre et que l’État ne peut intervenir sur les montants ». 1 200 courriers ont été adressés aux éleveurs de la Loire pour les inviter à prendre contact avec les différents abattoirs du département.

Le mercredi 14 octobre, une assemblée réunissant l’ensemble des acteurs du projet sera organisée en préfecture et sera l’occasion de faire le bilan de cette première édition qui nécessitera certainement quelques ajustements pour les prochaines fêtes de l’Aïd.

 



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