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Absentéisme : bien présent dans les collectivités

Rhône le 06 août 2015 - A.d.J. - Collectivités locales - article lu 188 fois

Absentéisme : bien présent dans les collectivités
D.R. - Les arrêts longs ont augmenté de 45 % entre 1998 et 2004

Selon l'étude la plus récente de l'assureur Sofaxis (une référence car elle porte sur 18 500 collectivités), l'absentéisme a repris le chemin de la croissance après deux années de pause.

Les chiffres sont éloquents : 54 arrêts pour 100 employés en 2014, et 30 % des agents arrêtés au moins une fois dans l’année. Chaque jour, au moins 7 agents sur 100 absents. Pour Grenoble (1 150 personnes pour la Ville), cela représente plus de 100 postes de travail vides et une deuxième place au hit-parade de l’absentéisme dans les grandes villes ; Villeurbanne occupe la 6e place et Lyon la 13e, au grand dam de son maire.
A Lyon justement (7 500 agents), plus de 400 bureaux sont non occupés par leurs titulaires. A Crolles (9 000 habitants) en Isère, la chambre régionale des comptes a pu relever des statistiques : le nombre de jours d’absence par titulaire (25,53) est presque le double de la moyenne nationale (14,3), elle-même presque trois fois supérieure à celle du privé. Autre étonnement : un taux d’absentéisme des titulaires plus de quatre fois supérieur à celui des non titulaires. Le coût annuel de l’absence et du remplacement des personnels absents est estimé à 900 000 € par la commune, soit 100 € par habitant, sans compter la baisse de qualité de service qui a aussi un coût.
Ce cas n’est pas isolé et donne à réfléchir. En moyenne nationale, on n’est pas loin d’un coût de 10 % de la taxe d’habitation payée par les ménages affecté au coût direct de l’absentéisme des agents. Mais de plus en plus d’études réévaluent à la hausse le coût caché de l’absentéisme parfois bien supérieur au coût « sécu » : selon la revue parlementaire, les frais indirects liés à la désorganisation des services seraient de trois à cinq fois supérieurs au coût de l’arrêt de travail. Sans oublier que l’absentéisme tend à grandir avec la taille de la structure et est parfois nourri d’exemples venus d’en haut…
Les causes de cette augmentation nourrissent une polémique politique. On accuse la disparition du 
« jour de carence » institué par François Fillon et supprimé par Marylise Lebranchu. Les absences de courte durée seraient à nouveau en hausse, alors qu’elles avaient baissé de 43 % après ce dispositif. D’autres facteurs rentrent en compte, notamment le vieillissement, source d’arrêts longs (lire l’encadré). Maigre contrepartie, les arrêts maternité sont moins nombreux… Parmi les autres causes, une certaine violence dans les rapports humains (comme dans le privé) de plus en plus mise en avant : en témoigne Nicole, qui travaille dans une communauté de commune du Nord-Isère : « le médecin du travail n’a eu d’autre choix que de m’arrêter pour me protéger du climat psychologique très violent que je subis ; d’autres de mes collègues sont dans une situation similaire ». La médecine du travail constate une dégradation depuis plusieurs années. Certaines ambiances sont clairement toxiques, notamment lors de réorganisations empreintes d’incertitude ou de lenteur : Xavier, agent de la Région, dont le plan de charge est hypothéqué par la nouvelle Métropole de Lyon, « en cours » d’organisation, explique : « certaines missions ne sont pas définies ; on s’occupe comme on peut et parfois très mal, avec au final un rapport extrêmement désagréable au travail, qui peut aller jusqu’à la dépression ».
Quelles qu’en soient les raisons, cette hausse de l’absentéisme a des conséquences fâcheuses : disparité avec le secteur privé (où l’absentéisme progresse pourtant aussi), détérioration du service, car il faut jongler avec les remplacements, perte de la notion d’objectif personnel et d’efficience, détérioration des conditions de travail des « valides » qui doivent suppléer aux absences de leurs collègues et peuvent « craquer » à leur tour ; un véritable cercle vicieux. Du coup les prises de conscience s’accélèrent, avec des initiatives telles que la « prime de présence », qui semble produire des effets quand elle est expliquée. Nul doute qu’on n’a pas fini de parler du sujet, même si certains élus sont timides pour parler, du fait de l’absentéisme qui leur est parfois aussi reproché…

Extrait de l’étude Dexia Sofcap, 
citée par la Revue Parlementaire



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