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1515, Marignan : Saint-Étienne se forge un destin industriel

le 14 septembre 2015 - Daniel Brignon - Culture - article lu 439 fois

1515, Marignan : Saint-Étienne se forge un destin industriel
L'entrée de François 1er à Montbrison, détail de la toile monumentale de Jean-Paul Laurens (1838 - 1921)

1515, François 1er dépêche à Saint-Étienne l'ingénieur languedocien Georges Virgile pour étudier la possibilité d'y faire fabriquer des armes pour les troupes royales.

La ville connaît déjà une activité de forge et de fabrication d’armes blanches mais pas encore d’arquebuses et armes à feu dont plusieurs ateliers stéphanois entreprendront la fabrication dans les années suivantes pour le service du roi. Un siècle plus tard dans la ville qui s’est étendue et compte 28 000 habitants on recense 50 ateliers de canonniers et 600 armuriers. L’activité industrielle se nourrit du développement de  la mine qui commence à produire au XVIe dans la vallée du Gier puis à Saint-Étienne.

Malgré son développement notoire, industriel et commercial à l’aube du XVIe siècle, la ville n’est encore pas la capitale du Forez, un comté dont François 1er vient prendre possession au cours d’une visite de seize jours à Montbrison en 1536.

Accompagné de la reine Eléonora d’Autriche et de ses trois enfants, le roi arrive le 23 avril à Saint-Rambert où il reçoit un accueil festif : joutes sur la Loire, partie de chasse le lendemain… le 25 avril François 1er arrive à Montbrison reçu en grande pompe par le bailli du Forez qu’il a installé en 1535, Claude d’Urfé, et les quatre consuls de la ville, qui tendent au-dessus de la tête du monarque un dais de damas blanc brodé d’un grand F en or. Un cortège de 600 enfants, précédés des trompettes et des tambourins, l’escortent dans les rues de la ville jusqu’à la collégiale Notre-Dame où retentit un Te deum. Le roi et sa cour séjourneront seize jours dans la capitale du Forez, dont il est venu prendre possession. Le comté du Forez dans le royaume de France depuis plus de trois siècle n’était pas jusque-là du domaine royal, les terres appartenant au connétable Charles de Bourbon. Elles reviennent officiellement au roi qui reçoit dans la collégiale de Montbrison le serment de fidélité de ses sujets.

Claude d’Urfé, gentilhomme forézien

1522, à l’âge de 21 ans, le forézien Claude d’Urfé est nommé Écuyer ordinaire du roi. Familier du jeune monarque il a déjà guerroyé à ses côtés dans les campagnes d’Italie. François 1er le nomme bailli de Forez en 1535, puis lieutenant de cent gentilshommes de la maison royale en 1537. Des mandats locaux auxquels vont succéder une mission royale. Le roi lui donne commission en mars 1546 pour le représenter au concile de Trente. Une ambassade de cinq ans, qu’il poursuit après la mort de son bienfaiteur François 1er en 1547. Claude d’Urfé conserve la confiance des rois. Henri II le nomme ambassadeur auprès du Saint-Siège et, l’ayant rappelé à la cour, gouverneur du dauphin et des enfants de la maison royale. Une mission d’intendance et d’éducation de maison des enfants royaux qu’il conservera jusqu’à sa mort en 1558.

En gentilhomme lettré, Claude d’Urfé rompt avec l’héritage familial plutôt militaire. Il fréquentait les cercles artistiques qui entouraient les cours princières à Rome et à Paris.

À la Bâtie d’Urfé, dans la plaine du Forez, où il restaure la maison forte familiale dans le goût italien, il amasse une bibliothèque parmi les plus remarquées de son siècle, de 4 600 volumes.

Une bibliothèque qu’aura fréquenté son petit-fils Honoré, auteur de L’Astrée, premier roman français, publié de 1607 à 1627 qui sera lu dans l’Europe entière.

La Tête noire, relais royal

Janvier 1543, Guillaume du Bellay meurt à Saint-Symphorien-de-Lay, accompagné de François Rabelais. « Vous veulx ramentrevoir le docte et preux chevalier Guillaume du Bellay, seigneur jadis de Langey, lequel on mont de Tarare mourut le 10 de janvier, l’an 1543 en compte romanicque. » C’est le récit que fait Rabelais dans le Tiers livre de cette journée où de retour d’Italie, Guillaume du Bellay, gouverneur du Piémont, trouva la mort dans le relais de poste de la Tête noire à Saint-Symphorien-de-Lay, l’un des relais-auberge pour les dignitaires du royaume sur la route royale entre Lyon et Paris. À son chevet, François Rabelais, qui l’accompagnait en tant que l’un de ses deux médecins particuliers.

Cette page de l’histoire de la Tête noire, la plus « médiatisée », par Rabelais et le poète Joachin du Bellay, neveu de Guillaume, n’est pas la seule qu’aient écrit d’illustres visiteurs dont la liste est longue. On retiendra qu’en 1490, l’une de plus anciennes mentions, le roi Charles VIII se rendant à Lyon séjourna à la Tête noire, tout comme Louis XII et Anne de Bretagne en 1504.

On fait remonter la création de la Tête noire à l’édit du roi Louis XI du 19 juin 1464 établissant des relais de poste aux chevaux sur les routes royales. La route de Paris à Lyon a été la première pourvue de ces relais établis « de quatre en quatre lieues ». La route royale emprunte à partir du XVe siècle en effet le passage de Roanne à Lyon par les « monts de Tarare » au pied desquels se situe Saint-Symphorien-de-Lay.

Le relais de  la Tête noire de Saint-Symphorien-de-Lay réputé « logis noble », tenu par un écuyer du roi, était réservé aux hauts personnages et aux courriers officiels.

Daniel Brignon



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