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Régionales 2015 : « Une fenêtre pour faire bouger les lignes »

le 04 décembre 2015 - Xavier Alix - Politique - article lu 339 fois

Régionales 2015 : « Une fenêtre pour faire bouger les lignes »
Infographie : Sylvie Fressinet - L'abstention en Rhône-Alpes en 2004 et 2010

Alain Faure est directeur de recherche au CNRS en science politique à l'IEP de l'université Pierre-Mendès France de Grenoble. Il analyse le contexte qui entoure ces élections, estimant sous estimée l'importance des futures assemblées régionales issues de la réforme territoriale.

Entre 2004 et 2010, l’abstention aux élections régionales avait explosé en Rhône-Alpes comme en Auvergne. A quoi faut-il s’attendre dans le contexte national actuel ?

Difficile d’évaluer les futures mobilisations. Peut-être que la nationalisation des débats et des commentaires d’émissions souvent générés par la montée du FN dans les sondages va motiver les électeurs. Quant à la vague d'émotions suscitées par les attentats, elle touche bien sûr directement le débat politique, le rôle de l'autorité politique, la légitimité de certaines politiques publiques, les missions des collectivités locales en période de crise. La blogosphère raconte par exemple une envie de « réagir », « résister », « s'impliquer » et il ne serait pas surprenant qu'il y ait un sursaut participatif au premier tour. Reste que les malentendus autour de cette campagne sont fascinants.

C’est-à-dire ?

On a un mal fou à assister à des débats portant véritablement sur la conduite des politiques régionales. Dans les médias, les intentions respectives sur la formation professionnelle, les transports, plus précisément les TER, la promotion économique etc. ressortent très peu. Dans la foulée des municipales, voire des présidentielles, le traitement médiatique se concentre sur les polémiques de personnes, les clivages idéologiques, la montée en puissance du FN. Mais pas les enjeux réels des politiques publiques. Nous sommes dans une période de démocratie pulsionnelle avec la mise en avant d’avis très tranchés sur des micro sujets au dépend d’un débat de fond sur les choix de société.

Pourtant, la création des grandes régions devrait mettre en lumière leur rôle accru ?

Le principal apport de la réforme est de placer la Région comme un centre de gravité de la négociation publique, au centre des débats, des idées. Le national a de plus en plus de mal à fonctionner comme lieu de débat des politiques publiques, celui des municipalités semble devenu trop petit et celui européen trop lointain. Il y a panne de médiateur, la France manque de « scènes » de délibération démocratique efficaces et adaptées. Le bon échelon de l’exercice démocratique peut être ces grandes régions, surtout dans le contexte de renforcement des intercommunalités et de baisse de la finance publique de 30 % dans les 20 ans qui viennent. Il y a là un champ des possibles intéressant. Alors que l’on a du mal à territorialiser nos politiques nationales, la France a ainsi l’opportunité d’aller vers une sorte de fédéralisme régional, prenant le relais du Parlement pour être la vraie zone d’échanges, de confrontation. Il y a une fenêtre pour faire bouger les lignes.

Ni les électeurs ni les candidats n’en ont suffisamment conscience ?

Les listes départementales à la proportionnelle de ces élections n’aident pas. C’est plus simple d’élire des conseillers départementaux, municipaux, confrontés à des requêtes immédiates, très territorialisées. Les élus régionaux négocient sur une plus grande échelle, celle de millions d’habitants. Mais le rôle politique des élus régionaux est bien plus fort dans des pays fédéralistes. En France, on se concentre soit sur le local, soit sur le national. Or, il y a des besoins entre les deux. Pour l’heure, les élus se retrouvent piégés, avec le même comportement que dans beaucoup d’élections : des propos très locaux car « c’est comme cela que l’on est entendu ».

C’est un problème de mode de scrutin ?

Le mode idéal, on ne le trouvera jamais. Chacun a ses avantages et inconvénients. Certes, la Région est le seul niveau où l’on trouve autant de proportionnelle avec ses dangers : notamment permettre l’accession au pouvoir des extrêmes. En même temps, les régions seront ingouvernables avec un discours trop radical. Le FN l’a bien compris…

Historiquement, le vote de plus de 4,2 millions d’électeurs rhônalpins se distingue-t-il du million d’électeurs auvergnats ?

Sur le plan des identités, l'Auvergne existe un peu. Rhône-Alpes pas du tout, ce qui rend la comparaison difficile. Vu de loin, on observe un vote différencié à deux niveaux : d'une part sur le clivage partisan (la sociologie électorale l'explique bien avec des critères classiques : catégorie sociale, âge, religion, etc.). D'autre part sur la façon de concevoir la politique. Là, il faudrait plutôt écouter l'explication d'historiens ou d'anthropologues sur la place et le rôle du pouvoir et de l'Etat par département, par bourgade, parfois par vallée ou par massif.

Propos recueillis par Xavier Alix

Une abstention plus marquée en Rhône-Alpes

En 2010, 4,1 millions d’électeurs étaient inscrits en Rhône-Alpes, 994 000 en Auvergne. Dans les deux régions, l’abstention a explosé aux dernières élections régionales par rapport aux précédentes de 2004 : + 16 % au premier tour et + 14 % au 2nd en Rhône-Alpes ; + 14 % et + 13 % en Auvergne. Les inscrits de cette dernière région continuent à se montrer en moyenne davantage concernés. Encore plus le 6 et 13 décembre en raison de la fusion ?



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