Fermer la publicité

« Saint-Étienne cosmopolitaine » ou l'héritage des migrations

Loire le 13 novembre 2015 - Daniel Brignon - Expositions - article lu 336 fois

« Saint-Étienne cosmopolitaine » ou l'héritage des migrations
Daniel Brignon

À l'image d'autres bassins industriels celui de Saint-Étienne s'est construit sur l'apport de main d'œuvre venue soutenir l'activité pendant trois siècles. L'exposition tenue aux Archives municipales, pour une durée d'une année, présente l'histoire du peuplement de la ville à partir de données d'archives mais enrichies des recherches effectuées sur la mémoire de l'immigration.

D’Ardèche, de Haute-Loire, d’Italie, d’Espagne, de Pologne, d’Arménie, d’Algérie, du Marcoc, de Turquie, de pays d’Afrique subsaharienne ou d’Asie, à différentes époques des populations ont peu à peu fait leur place dans le paysage en mutation de Saint-Étienne. C’est ce récit des migrations qui ont façonné la ville que propose l’exposition « Saint- Étienne cosmopolitaine, des migrations dans la ville », à travers un parcours dans la cour et le jardin des archives en suivant les fils entrecroisés tendus de la scénographie proposée.
Sur une échelle chronologique où s’affiche la population de la ville est proposé le récit de cinq grandes étapes de peuplement.

Si jusqu’au milieu du XVIIIe siècle les archives révèlent que 80 % des Stéphanois qui se marient sont nés à Saint-Étienne, sur sa seconde moitié, le développement de l’arme, avec la création de la manufacture royale en 1764, entraîne une importante arrivée de main d’œuvre d’Alsace, mais aussi des campagnes plus voisines, d’Ardèche, du Rhône et de Haute-Loire. Le mouvement d’immigration des campagnes, intensifié avec la Révolution, touche aussi la passementerie, confortée par les transferts de technologie, l’adoption par exemple des métiers à la zurichoise amenant des ouvriers bâlois. La seconde moitié du XVIIIe siècle voit encore l’arrivée d’Italiens du Piemont, dans le bâtiment, la sculpture et la décoration.

Plusieurs vagues d'immigration

En 1851 sur une population de 74 539, on compte la présence de 297 étrangers (0,39 %).

Le mouvement s’accélère pendant tout le XIXe siècle aussi bien des campagnes françaises que de l’étranger, d’Italie singulièrement, de main d’œuvre attirée par le développement industriel où qui y contribue comme le fit l’anglais James Jackson en 1814, venu apporter le savoir-faire britannique dans la production d’acier.

En 1901 sur une population qui a doublé en 50 ans, atteignant 146 559 habitants, se comptent 1 552 étrangers (1,06 %).

Dans la période 1914-1945, c’est une immigration organisée qui se met en place pour soutenir l’effort de guerre dont Saint-Étienne est le principal arsenal. On comptera dans les usines stéphanoises en 1917 : 600 Grecs, 700 Espagnols, 388 Italiens 317 Belges 669 Kabyles, 325 Algériens. Après la Grande Guerre, la venue massive de travailleurs vers notamment les mines stéphanoises est organisée pour suppléer la main d’œuvre manquante après la saignée de la guerre. Ce seront des Polonais principalement puis des travailleurs venus du Maghreb et du Maroc.

En 1936 sur une population de 190 236 habitants Saint-Étienne recense 12 144 étrangers (6,38 %).

Après la Libération jusqu’à 1974, l’appel aux immigrés pour reconstruire et soutenir l’activité charbonnière est à nouveau sollicitée, par l’Etat qui prend le relais du patronat pour organiser le flux. Ainsi des Italiens, du sud cette fois, arrivent dans les mines, jusqu’à la fin des années 1950, puis à partir des années 1960 des Portugais, tandis que prédomine l’immigration maghrébine.

C’est bientôt l’ère de l’intégration, le caractère provisoire de l’immigration de travail étant remis en question dans les années 1960. La politique de regroupement familial y contribue.
En 1975, à son apogée, la population atteint 228 191 habitants parmi lesquels 23 584 étrangers (10,69 %).

Plus loin, dans le jardin, le visiteur est invité à découvrir treize personnalités venues de l’extérieur ayant marqué la ville, comme maires, capitaines d’industries, universitaires ou artistes, puis quatre projets de recherche tenus actuellement : de la socio-anthropologue Catherine Gauthier sur les cafés, lieux socialisation ; du laboratoire Celec de sociolinguistique, sur la ville plurilingue ; de l’association Carton plein sur des portraits de commerces, marqueurs de l’identité de la ville ; du laboratoire Cierec associé au CMTRA sur les musiques migrantes.

L’exposition réserve enfin un espaces aux projets divers concernant la mémoire de l’immigration, espace ouvert à toute contribution dans un échange qui se poursuivra sur la durée de l’exposition, jusqu’au 1er juillet 2016, voire au-delà.

Daniel Brignon

Une saison culturelle

Jusqu’au 1er juillet, des événements dont le calendrier peut être encore consolidé de nouvelles propositions. Il est arrêté ainsi jusqu’à fin décembre :
Visite commentée de l’exposition, mercredi 2 décembre à 15 h.

Balade urbaine Laissez-vous conter Saint-Etienne cosmopolitaine, dans le quartier multiculturel de Tarentaize, samedi 28 novembre de 15 h  16 h 30.

Journées d’études du Gremmos (groupement de recherche et d’étude sur les mémoires du monde ouvrier stéphanois), sur l’engagement des immigrés dans les luttes ouvrières, vendredi 13 novembre de 8 h 30 à 17 h 30, université Jean-Monnet.

Journée d’étude du CMTRA (Centre des musiques traditionnelles Rhône-Alpes) autour du collectage musical en contexte urbain, vendredi 4 décembre.
Renseignements : Archives municipales de Saint-Étienne, tél. : 04 77 34 40 41.



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide