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Patrice de Plunkett : « L'écologie intégrale, une idée révolutionnaire »

le 25 août 2015 - Mathieu Ozanam - Sciences, Santé, Environnement - article lu 580 fois

Patrice de Plunkett : « L'écologie intégrale, une idée révolutionnaire »
D.R. - Patrice de Plunkett est l'auteur de «Cathos, écolos même combat ? »

Ancien directeur de la rédaction du Figaro Magazine, Patrice de Plunkett est aujourd'hui journaliste-blogueur. Il a publié au printemps « Cathos, écolos même combat ? ». Il sera présent lors de la conférence d'ouverture des Assises chrétiennes de l'écologie qui auront lieu à Saint-Etienne les 28, 29 et 30 août.

La publication de l’encyclique Laudato Si du pape François a suscité un grand intérêt médiatique à travers le monde. Faut-il y voir un effet de la personnalité du pape, doté d’un fort capital de sympathie, ou l’effet d’un bon « timing » avec la COP21 en ligne de mire ?

Retenons le facteur « sympathie » : il touche nos contemporains très au-delà du monde croyant. Cet impact psychologique de François est lié au contenu de la foi chrétienne. Le pape argentin fait l'effet de vivre directement cette foi, de porter l'évangile sur ses épaules : il « est » ce qu'il dit... Ses prédécesseurs l'étaient aussi aux yeux des catholiques, mais François a un charisme particulier : il parle le langage de tout le monde, il donne de la chair et du sang au message. Avec lui c'en est fini de la langue de buis pontificale qui donnait l'impression de contourner les problèmes à l'aide de « parfois », de « souvent » et de verbes au conditionnel... Quand il analyse les maux de la mondialisation ultralibérale, François n'hésite pas à mettre en cause, noir sur blanc, les structures et les responsables. Comme dit l'anticlérical Alexis Tsipras, « ce pape est l'homme le plus courageux du monde en ce moment ». C'est aussi l'avis des foules : et c'est le signe que quelque chose est en train de naître.

En quoi l’encyclique est-elle novatrice ?

L'encyclique est écrite sur un ton neuf, et elle développe ses analyses (écologiques, économiques, sociales) en allant sur le terrain, avec des précisions dans les faits que ne donnaient jamais les documents pontificaux. Même dans le grand message de Jean-Paul II (janvier 1990) sur le saccage de la planète par le productivisme industriel, on ne trouvait pas ces exemples concrets... On ne trouvait pas non plus le vocabulaire percutant dont François se sert pour dénoncer l'idole Argent et relier son culte au malaise des gens d'aujourd'hui.
Par ailleurs, l'encyclique lance une « écologie intégrale » qui prend en charge à la fois la protection de l'humain et celle de l'environnement ! C'est une idée révolutionnaire, parce que l'humain et l'environnement ont le même adversaire : le modèle économique actuel, et que le pape plaide avec force pour que ce modèle soit changé. François prône une « révolution culturelle courageuse » : et il indique des pistes de mobilisation populaire pour forcer les décideurs politiques à prendre leurs responsabilités face à la machine économique et financière.
Après l'encyclique, il a prononcé le discours fulgurant de Santa Cruz en Bolivie, le 9 juillet dernier, devant les militants sociaux sud-américains : un véritable programme d'action. Non seulement le pape y dénonce avec violence « la logique du gain à n'importe quel prix sans penser à l'exclusion sociale ni à la destruction de la nature », mais il indique les voies d'un changement « dans nos vies, dans nos quartiers, dans le terroir, dans la réalité la plus proche » : un changement « qui touche le monde entier ». En octobre 2014, au Vatican, François a présidé la première réunion internationale des « mouvements populaires ». C'est du jamais vu !

Dans l’encyclique le pape cite des textes de nombreuses conférence épiscopales (Canada, Argentin, Japon, etc.) mais pas ceux de la France. Faut-il en tirer des conclusions sur l’engagement de la conférence des évêques de France ?

Le pape n'est pas un Européen : c'est une grande première. Il décentre la vision de l'Eglise pour la faire correspondre à la réalité : désormais le centre de gravité démographique du catholicisme est hors d'Europe, en particulier dans l'hémisphère Sud, et il est temps de faire vivre cette réalité dans les analyses ! Quant aux évêques canadiens, ils se sont placés plus tôt que les autres à l'avant-garde de la dénonciation du système économique et de la responsabilité environnementale... Ça ne veut pas dire que la France soit à la traîne : témoins le colloque « Sauver la création » (novembre 2014) à Paris, dans l'auditorium de la Conférence épiscopale à Paris ; la marche des paroisses parisiennes pour le climat en juin dernier ; les Assises chrétiennes de l'écologie à Saint-Etienne, en ce mois d'août ; le cycle de grands débats oecuméniques sur l'environnement à Paris au Collège des Bernardins en novembre, etc.

Pourquoi les catholiques français connaissent-ils peu les textes écologiques de l’Eglise ?

Très peu d'entre eux savaient que les ambassadeurs du pape à l'ONU se battaient aussi pour l'environnement. Très peu savaient que Benoît XVI avait fait dire à la conférence climat de 2009 (Copenhague) qu'il fallait des mesures mondiales contraignantes... La surdité française s'explique par le fait que très peu de paroisses relayaient la parole des papes en économie et en écologie, parce qu'une partie du public catholique était fermée à la critique du libéralisme et à la démarche écologique. Cette fermeture venait de réflexes politiques : la politisation partisane est un défaut très français... Mais cette situation est en train de se dénouer grâce à « l'effet François » : même les plus écolophobes des paroissiens se rendent compte que les foules mondiales applaudissent ce que dit le pape en écologie. Pourquoi les catholiques français seraient-ils moins « papistes » que les Coréens ou les Boliviens ?

Observe-t-on avec l’écologie, la même évolution de l’Eglise qu’avec les Droits de l’homme ? Après s’y être longtemps opposée, l’Eglise est aujourd’hui l’un des promoteurs de Droits de l’homme et trouve en eux les fondements de la doctrine sociale chrétienne.

Ce n'est pas tout à fait parallèle. Au XIXe siècle, les catholiques traumatisés par le souvenir de 1793 voyaient les droits de l'homme comme l'arme de leurs ennemis ; au XXe siècle, sous le choc des totalitarismes, les Droits de l'homme ont changé de portée et l'Eglise a pu y reconnaître une partie de son anthropologie. Mais en ce qui concerne l'écologie, l'Eglise y a été favorable dès l'origine (les années 1970) ; n'oublions pas que les paysans rebelles du Larzac étaient des catholiques soutenus par leurs évêques ! Ceux qui refusaient l'écologie n'étaient pas à la tête de l'Eglise mais dans certains milieux laïcs, en France et aux Etats-Unis, pour des raisons moins religieuses que politiques.

Votre dernier livre s'intitule Cathos, écolos même combat ? La question ne vaut-elle pas aussi pour l’écologie politique en France qui ne partage pas la vision de l’écologie humaine de l’Eglise, notamment sur les questions de mœurs ?

On a vu cette année une fracture spectaculaire chez les Verts « médiatiques » : José Bové partant en guerre contre la PMA-GPA, et soutenu – chose sidérante – par un Noël Mamère virant à 90 degrés et attaquant le « culte du progrès » et les « modes générées par le consumérisme capitaliste » ! Venant de lui, un pareil virage signifie que ça bouge à la base. Il faut savoir que chez les vrais écologistes, qui traitent les Verts d' « éco-tartufes » depuis des années, le virage d'écologie intégrale était déjà pris. La revue de référence L'Ecologiste et le mensuel La Décroissance ont combattu non seulement la PMA-GPA mais la loi Taubira et les nouvelles mœurs, comme pièges du consumérisme. Les ultra-radicaux grenoblois de Pièces et main d’œuvre combattent l'artificialisation de la reproduction humaine... Un abîme s'ouvre entre cette aile marchante et le petit groupe des chefs d'EELV (Duflot-Placé-Rugy-Pompili), plus proches du libéralisme que de l'écologie en ce qui concerne les fondamentaux de la condition humaine.

Personnellement qu’attendez-vous de la COP21 ? Les gouvernements peuvent-ils être à la hauteur ou ne sont-ils pas contraints de défendre leurs intérêts particuliers ?

« Les sommets mondiaux de ces dernières années sur l'environnement n'ont pas répondu aux attentes par manque de décision politique », constate l'encyclique. C'est pourquoi le pape et les évêques appellent l'opinion à se mobiliser. Nous serons dans la rue à Paris dès l'ouverture de la COP21 !

Propos recueillis par Mathieu Ozanam



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