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Attentats de Paris : « Des parallèles possibles avec les années 1930 »

le 20 novembre 2015 - Xavier Alix - Société - article lu 262 fois

Attentats de Paris : « Des parallèles possibles avec les années 1930 »
Stocklib / Samuel Areny

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l'Institut d'études politiques de Grenoble. Auteur de nombreux ouvrages scientifiques, il écrit régulièrement pour la presse française, notamment pour le site d'informations Atlantico.fr . Entretien.

Par rapport à la Russie en 2002, Madrid en 2004, Londres en 2005, pensez-vous que l’impact de ces attentats à l’international est plus fort ? Si oui pourquoi ?

Il est difficile de comparer les réactions, mais on peut effectivement penser que le contexte a changé par rapport aux années 2000. L’empathie va au-delà du cadre national car il devient de plus en plus évident que la menace djihadiste présente un caractère global, qu’elle vise tous les pays européens ou occidentaux. Bon gré mal gré, nous sommes tous embarqués dans la même histoire.

En France, la mobilisation de la rue est moins forte qu’en janvier.  Est-ce seulement en raison de l’état d’urgence ?

La peur est un élément important, ce qui risque d’ailleurs d’avoir des effets sur l’ensemble des activités sociales. Je crains aussi que l’on entre dans une phase de banalisation. Si de nouvelles attaques ont lieu, comme cela est très probable, la capacité de s’émouvoir risque de s’émousser encore davantage.

Entre les projets déjoués, l’oubli de ce que vivent certains pays, y compris voisins, voire de Charlie hebdo, la France et plus largement les Européens ne sont-ils pas dans une sorte de déni de la menace ?

Nous vivons sur des fictions depuis plusieurs décennies. La réalité nous revient à la figure avec force, mais elle est trop douloureuse, trop contradictoire avec nos valeurs pour que nous puissions l’aborder frontalement. On préfère se réfugier dans des manifestations d’amour et des discours lénifiants sur le vivre-ensemble. C’est un peu notre « drôle de guerre » à nous. On veut se persuader que les attentats sont des accidents, des exceptions, et que la norme reprend toujours le dessus. C’est une illusion dangereuse qui nous empêche de traiter les problèmes. Des parallèles sont possibles avec les années 1930 : en dehors de quelques esprits clairvoyants, les menaces du totalitarisme n’étaient pas prises au sérieux. On baissait les budgets militaires et on croyait pouvoir calmer les fauves en cédant à Munich. La guerre de Troie n’aurait pas lieu et, de toute façon, la ligne Maginot nous protégeait, comme on pense aujourd’hui être protégés par nos valeurs et nos institutions.

Le risque immédiat est la multiplication des attentats. Les questions sociétales autour de l’islam en France louvoyées et ses extrémistes présents sur notre sol, ne risque-t-on pas à long terme une guerre civile ?

Cette question de la guerre civile ne saurait être écartée d’un revers de main sous prétexte qu’elle n’est pas conforme à notre idéal humaniste. L’histoire incite-t-elle à être optimiste ? Quelle leçon doit-on tirer des sociétés pluri-ethniques ou pluri-religieuses ? Et comment sera la société française dans quelques décennies, lorsqu’on voit déjà qu’il n’est plus possible de faire une opération anti-terroriste à Saint-Denis sans faire intervenir l’armée ? Mais avant la guerre civile, il y a aussi la partition territoriale, la création d’enclaves, ce que l’on voit déjà apparaître dans certaines régions.

Selon un sondage exclusif Ifop pour Atlantico, 67 % des Français estiment que la direction du pays doit être confiée à des non élus réalisant les réformes nécessaires impopulaires, et 40 % sont favorables à un pouvoir politique autoritaire. Prend-on ce chemin ?

Ce sondage confirme qu’il y a un profond malaise avec la démocratie aujourd’hui. Les gens ont le sentiment de ne plus pouvoir peser sur leur destin, ce qui contribue aussi un climat d’insécurité culturelle dont parle le politologue Laurent Bouvet. On a oublié que la démocratie, ce n’est pas seulement le libre choix du consommateur dans les allées du supermarché.

Propos recueillis par Xavier Alix

 

Pourquoi l’idéologie islamiste séduit des jeunes ?

« Une question à laquelle les sciences sociales devraient s’atteler de toute urgence. Jusqu’à présent, on s’est contenté d’une explication de nature sociologique, qui analyse l’attrait pour la religion sous l’angle quasi-exclusif de l’exclusion sociale et des discriminations. Or, ce paradigme est clairement inopérant. La réislamisation s’inscrit dans un processus plus général qui frappe l’ensemble des pays musulmans. Le monde musulman vit dans le mythe de l’âge d’or et aspire à reconstituer sa gloire perdue. De plus, l’effondrement du communisme a créé un vide dans le domaine de la contestation des valeurs occidentales, ce qui peut séduire une jeunesse en quête de lutte révolutionnaire. »



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